Orateur(s)
Philippe Raxhon Professeur de Critique Historique - ULiège, Institut d'Études et de Recherches sur les Mémoires
Giseline Rondeaux Chercheuse Senior (HEC Liège, LENTIC, ULiège)
Laura Couchard Manager Innovation (Acerta)
Jonathan Bouhy CEO (Elneo)

Notre rapport au temps : quels défis pour les entreprises et la société ?

Conférence de clôture de saison en partenariat avec le Réseau Alumni de l'Uliège
    Résumé

    La 15e saison de LIEGE CREATIVE s'est achevée par une réflexion sur le rapport au temps. Michel Moutschen, Vice-Recteur à la recherche de l’Université de Liège, a pris la parole, en introduction à la séance, pour aborder la dualité généralement avancée entre le temps court de l'entreprise et le temps long de la recherche. Il a tenu à nuancer néanmoins cette opposition en rappelant que le développement d'un médicament peut prendre plus de 15 ans, tandis qu'une découverte comme celle d'Archimède peut être fulgurante. Et de citer Henri Bergson pour rappeler que le temps est générateur de nouveautés imprévues, et inciter à retrouver le plaisir de la réflexion spontanée sans la pression constante de l'horloge.

    En guise d’introduction historique, le Professeur Philippe Raxhon (critique historique, ULiège), a retracé une brève histoire du temps, le définissant d'abord comme une représentation relative et historicisée. Il a distingué deux conceptions fondamentales ayant marqué l'humanité : le temps circulaire, calqué sur les cycles de la nature et les mythes intemporels, et le temps linéaire né du monothéisme. Philippe Raxhon a expliqué que ce temps linéaire ou « flèche du temps » a conféré un sens et une direction tragique à chaque événement à l'histoire humaine. Il a retracé l'apparition des horloges publiques au XVe siècle, marquant l'émancipation de la bourgeoisie marchande et le début du minutage de la vie sociale. La révolution industrielle a été décrite par Philippe Raxhon comme une rupture majeure où les machines, au lieu de libérer l'homme comme l'espéraient les Lumières, ont imposé une augmentation du temps de travail pour assurer leur rentabilité. Il a évoqué le combat social pour les "trois huit" (travail, sommeil, détente) et l'impact de l'électricité permettant une activité continue, concluant que ces enjeux historiques trouvent un écho aujourd’hui dans les débats sur l'intelligence artificielle.

    La suite des échanges s’est déroulée en panel autour de la flexibilisation du temps de travail, les changements liés à l’arrivée de l’IA, l’importance du sens et du projet qui porte l’entreprise et le travailleur et le rôle du manager.

    Laura Couchard, Manager Innovation (Acerta), a partagé les résultats d'une enquête miroir menée par Acerta, révélant que l'équilibre entre vie privée et vie professionnelle est devenu le premier critère d'attractivité d'un employeur, devant le salaire. Laura Couchard a pointé une charge de travail perçue comme trop élevée par 45% des travailleurs, entraînant des problèmes de bien-être et des interruptions constantes de focus. Elle a noté que le débat sur le télétravail s'est déplacé de son autorisation vers son organisation comme outil de gestion. Laura Couchard a également mentionné l'évolution législative belge, incluant l'élargissement des heures supplémentaires et le projet d'enregistrement du temps de travail prévu pour 2027, soulignant que le temps est désormais un enjeu de santé organisationnelle. Au-delà des chiffres, Laura Couchard a partagé une réflexion profonde sur la posture de manager, enrichie par sa pratique de la philosophie du yoga.

    Jonathan Bouhy, CEO d’Elneo, a exprimé ses réserves face à une flexibilisation totale qui, selon lui, brise les cadres nécessaires et efface les limites entre vie professionnelle et privée. Il a affirmé que l'attractivité réelle réside dans le sens donné au projet plutôt que dans le nombre de jours de télétravail, qualifiant certaines conditions de travail de "prison dorée". Jonathan Bouhy a défendu l'importance du contact humain et de la cohésion d'équipe, tout en prônant une vision à long terme (temps long) pour guider les actions quotidiennes et éliminer les tâches superflues. Il a plaidé pour un passage du management par indicateurs au leadership par la vision.

    Giseline Rondeaux, chercheuse au LENTIC (HEC Liège, ULiège), a corroboré ces observations en citant des études montrant que la flexibilité accrue conduit souvent à une omniprésence du travail et à un risque de burnout. Elle a analysé le paradoxe du "anytime anywhere", où l'autonomie se transforme en une pression constante, notant que les syndicats s'inquiètent d'une flexibilité sans mesure du temps. Giseline Rondeaux a également observé que l'intelligence artificielle, censée faire gagner du temps, est souvent utilisée pour augmenter la charge de travail, ce qui épuise les collaborateurs les plus performants. Elle a souligné le défi des managers intermédiaires qui doivent cultiver la confiance et le sens sur le long terme tout en étant évalués sur des résultats financiers à court terme.

    Philippe Raxhon a repris la parole pour illustrer la notion de sens par l'exemple des bâtisseurs de cathédrales, qui travaillaient sur des projets dont ils savaient qu'ils ne verraient pas l'aboutissement, trouvant leur motivation dans l'œuvre collective. Il a mis en garde contre le "présentisme" dominant qui enferme le citoyen dans une urgence économique étroite et réduit sa capacité d'anticipation et d'utopie.

    Enfin, Jean-Yves Girin, comédien et formateur (YESnDO) a livré une synthèse de la soirée teintée d’humour, invitant l'assistance à remplacer le mot "temps" par le mot "vie" dans ses expressions quotidiennes pour prendre conscience de la valeur de chaque instant et concluant par une invitation à ralentir à l'intérieur pour "rallumer nos cerveaux".

    Ce compte-rendu a été rédigé avec l’aide de l’IA.

    Dans un monde marqué par l’accélération permanente et tandis que les innovations tendent à nous faire gagner du temps, quel rapport entretenons-nous avec le temps ?
    À quoi consacrons-nous le temps libéré grâce à l'automatisation de certaines tâches ? Retire-t-on réellement des bénéfices d’un temps « optimisé » ?

    Entre le sentiment d’en perdre ou d’en gagner, la volonté de s’en offrir ou d’en donner, le rapport au temps est omniprésent dans nos vies, tirant également un trait d’union entre passé et futur.

    Cette conférence réunira des regards croisés pour interroger les tensions qui traversent aujourd’hui notre rapport au temps dans le travail et la société.

    Entre urgence du présent, désir de flexibilité, nécessité du temps long et difficulté croissante à se projeter dans l’avenir, nos intervenant·es - chercheur·euses, entrepreneur, juriste, historien et philosophe - mettront en perspective les dimensions économiques, historiques, sociales et humaines de cette question devenue centrale.

    ℹ️ Programme de la soirée :
    • 17h30 : Accueil
    • 18h-20h : Rencontre-conférence
    • 20h-21h : Drink

    ULiège - Alumni