Orateur(s)
Joël Privot Urbaniste et Chercheur (Faculté des Sciences Appliquées, ArGEnCo, ULiège)
François Prüm Développeur (Rives Ardentes)

Le fleuve comme facteur d'attractivité territoriale

    Résumé

    La conférence s'ouvre sur une réflexion fondamentale portée par Joël Privot, Urbaniste et Chercheur à l’Université de Liège, concernant l'évolution de la relation entre l'homme, son territoire et les cours d'eau au cours des deux dernières décennies. Historiquement perçu sous un angle purement logistique ou comme une menace sujette aux inondations et aux périodes d'étiage, le fleuve est aujourd'hui redécouvert comme un atout majeur de l'attractivité territoriale. Joël Privot souligne que l'adaptation au changement climatique impose de dépasser une vision strictement hydraulique pour adopter de véritables projets de territoire. Il illustre ce changement de paradigme par l'exemple de la troisième correction du Rhône en Suisse, où les autorités ont délaissé les interventions de génie civil classiques au profit d'une vision paysagère et environnementale globale. En élargissant le lit du fleuve et en retravaillant ses berges, les concepteurs ont créé des espaces de reconnexion avec la nature, incluant des zones de baignade, des amphithéâtres de verdure et des cheminements de type « Ravel augmenté », favorisant ainsi une relation à la fois psychologique et pédagogique avec l'écosystème fluvial. Cette approche se retrouve également près de Maastricht, où d'anciennes friches extractives ont été transformées en zones de loisirs et en réservoirs d'épanchement pour la Meuse, prouvant que le recyclage de sites industriels peut générer une qualité de vie nouvelle.

    Poursuivant son analyse, Joël Privot évoque le programme néerlandais « Room for the River », initié après les inondations de 1996. À Nimègue, la création d'un bras artificiel pour le Rhin n'a pas seulement servi à doubler la capacité de passage de l'eau, mais a permis de développer un nouveau cadre urbain avec des plages et des activités nautiques en plein centre-ville. L'urbaniste met également en avant l'évolution des berges de Lyon, qui passent d'un aménagement minéral à la création de véritables forêts urbaines destinées à lutter contre les îlots de chaleur urbains grâce au pouvoir rafraîchissant du fleuve. La mutation des zones portuaires obsolètes constitue un autre axe majeur de son intervention, citant des projets emblématiques comme HafenCity à Hambourg, Strasbourg ou Cologne. Ces projets partagent une « grammaire » commune : la préservation du patrimoine bâti, l'intégration de bâtiments totems, la gestion de l'inondabilité par des architectures spécifiques et une densification nécessaire pour lutter contre l'étalement urbain. Enfin, il insiste sur l'importance cruciale de la participation citoyenne et de l'urbanisme temporaire pour permettre aux habitants de s'approprier ces nouveaux quartiers sur le long terme.

    Prenant la suite pour une approche plus locale et opérationnelle, François Prüm, Développeur Rives Ardentes, présente le projet liégeois comme un exemple concret de ce phénomène de retour vers l'eau. Après des décennies de transformation des villes au profit de la voiture et de désindustrialisation, les anciennes zones portuaires deviennent les nouveaux pôles d'attraction urbaine, à l'instar des docks de Londres, Gand ou Anvers. Le projet Rives Ardentes, situé sur le site de Coronmeuse, est né d'une initiative de la ville de Liège visant à créer un écoquartier durable, mixte et sans voiture. François Prüm explique que ce quartier est intrinsèquement lié à l'histoire de la cité, occupant un terrain marqué par les expositions internationales de 1930 et 1939 ainsi que par l'activité minière passée, symbolisée par les terrils du Bernalmont. L'un des piliers de cette nouvelle centralité est la mobilité douce, les voitures étant reléguées dans un vaste parking souterrain tandis que le tramway connecte le site à l'hypercentre de Liège en seulement onze minutes. La philosophie du projet repose sur la préservation du patrimoine, comme le Grand Palais et le bâtiment de l'Équerre, et sur une forte présence de la nature, avec 80 % d'espaces ouverts.

    Le développement de Rives Ardentes se caractérise par une grande diversité de fonctions : 70 % de logements collectifs et individuels, mais aussi des commerces, des bureaux, une maison derepos et des équipements collectifs. François Prüm souligne que le succès commercial du projet repose largement sur l'attrait de la darse, vestige d'un ancien canal, qui sera transformée en un port de plaisance de plus de 80 anneaux. Les « maisons de la marina », produits uniques en Wallonie car situés directement au bord de l'eau sans voirie intermédiaire, illustrent cette volonté d'offrir une expérience de vie inédite. En termes de sécurité, le site a été conçu pour résister aux crues, avec une surélévation de 4,50 mètres par rapport au niveau de la Meuse, une précaution validée lors des inondations de 2021. Sur le plan urbanistique, le projet assume une densification croissante vers le cœur du quartier, incluant des émergences verticales comme la tour Belvedere Marina, pour répondre à la nécessité de freiner l'étalement urbain.

    Sur le plan financier et opérationnel, ce chantier d'envergure représente un investissement total de 440 millions d'euros, dont une partie a bénéficié de fonds FEDER pour la réalisation des espaces publics terminée en 2023. François Prüm précise que le développement complet s'étalera sur une trentaine d'années, suivant un phasage qui s'adapte aux opportunités du marché, comme l'installation du siège social d'Ethias au cœur du quartier. Les premiers bâtiments, notamment le long de la darse et du parc Astrid, sont déjà habités ou en cours de finalisation, marquant le début d'une nouvelle vie pour ce secteur autrefois délaissé. En conclusion, tant Joël Privot que François Prüm s'accordent sur le fait que la réussite de telles métamorphoses urbaines dépend de la capacité des acteurs à transformer des contraintes environnementales ou industrielles en opportunités de développement durable, tout en plaçant la qualité de vie et le lien avec l'eau au centre de la réflexion architecturale et sociale. Le projet Rives Ardentes s'inscrit ainsi dans une dynamique européenne globale de reconquête des fronts d'eau, visant à réconcilier les citadins avec leur environnement naturel tout en répondant aux défis climatiques et démographiques contemporains.

    Ce compte-rendu a été rédigé avec l’aide de l’IA.

    Longtemps perçu sous un angle purement logistique, le fleuve s'affirme aujourd'hui comme le levier stratégique pour booster le dynamisme et l'image d'une région. Cette rencontre vous invite à découvrir comment l’eau, loin d'être une contrainte géographique, devient le moteur d'une nouvelle compétitivité urbaine qui redessine les stratégies d'attractivité.

    François Prüm illustrera cette force d'attraction à travers la genèse de l’éco-quartier Rives Ardentes. En plaçant le milieu aquatique au cœur de la conception urbaine, ce projet emblématique démontre comment créer une valeur ajoutée résidentielle unique. Cette réconciliation entre habitat et fleuve promet une qualité de vie supérieure, capable d'attirer de nouveaux habitants en quête d'une nature omniprésente au pied de leur logement.

    En écho à cette réalisation concrète, Joël Privot élargira la perspective sur le rôle du fleuve en tant qu'acteur majeur de l’aménagement du territoire. Il expliquera comment la voie d'eau, devenue un sujet stratégique en soi, impose de nouveaux paradigmes pour renforcer l’attractivité touristique d’une région.

    Une occasion unique de repenser notre rapport à la Meuse et de transformer nos cours d'eau en véritables aimants territoriaux.


    Cette conférence est hébergée au Val Benoît, dans le cadre de notre partenariat avec SPI.

    Objectifs de Développement Durable