Orateur(s)
Catherine Fallon Professeure Honoraire (Faculté de Droit, de Science Politique et de Criminologie, Dpt de Science Politique, ULiège) et Ancienne Directrice (Spiral, ULiège)
Véronique Beauvois Maître de Conférences et Ingénieure (Faculté des Sciences Appliquées, ULiège)
Didier Mattivi Directeur (RISE, ULiège)

Pratiques de normalisation dans les organismes de recherche : bénéfices, fantasmes et critiques

    Résumé

    La discussion s’est ouverte sur l'évolution de la structure RISE à l’Université de Liège, présentée par son Directeur, Didier Mattivi. Pensé pour simplifier la gestion de la recherche et de l'innovation, RISE accompagne les chercheurs tout au long de leur parcours, depuis le doctorat jusqu’à la valorisation socio-économique des résultats. Didier Mattivi souligne que cette structure unique vise à outiller les doctorants pour le marché du travail (80 % d'entre eux ne resteront pas dans le milieu académique), à gérer le financement de la recherche, la protection de la propriété intellectuelle et le transfert de technologies via des spin-offs ou des brevets. 

    L'organisation de RISE a été profondément marquée par la fusion, en 2022, de l'Interface Entreprise-Université et de l'Administration de la Recherche et du Développement, unissant deux équipes pour un total de 70 personnes. Pour donner un sens commun à cette nouvelle entité et structurer ses activités, Didier Mattivi a impulsé une démarche de certification ISO 9001, un processus soutenu par l'institution et le service qualité SMAQ. Cette certification, obtenue officiellement en juillet 2025, n'est pas vue comme une fin en soi, mais comme un levier d'amélioration continue et un signal fort de professionnalisme envoyé aux partenaires extérieurs. Elle permet à RISE de parler le même langage que les entreprises et d'affirmer sa compétence face aux bailleurs de fonds, sortant ainsi d'une relation asymétrique. Didier Mattivi insiste sur le fait que la norme doit rester pragmatique ; il encourage ses équipes à « désobéir » aux processus s’ils ne répondent pas à la mission, à condition de documenter cette exception pour faire évoluer le système. L'appropriation de la démarche par le personnel est telle que des audits internes sont désormais organisés spontanément par des membres de l'équipe.

    Véronique Beauvois, Maître de Conférences et Ingénieure à la Faculté des Sciences Appliquées de l’ULiège, a ensuite apporté un éclairage technique sur l'application des normes dans les laboratoires. Elle est responsable technique du Laboratoire de Compatibilité Électromagnétique accrédité selon la norme ISO 17025, qui, contrairement à l'ISO 9001, exige une démonstration de la compétence technique et de la fiabilité des mesures. Elle explique la naissance du réseau RQLab, un regroupement « bottom-up » de laboratoires de l’ULiège qui mutualisent leurs expériences, leurs auditeurs internes et leur matériel étalonné pour éviter de « réinventer la roue ». 

    Véronique Beauvois détaille comment un système de management de la qualité (SMQ) soutient la recherche à travers les « 5 M ». Pour la main-d’œuvre, il s'agit de tracer et maintenir les compétences des chercheurs. Pour les méthodes, la qualité garantit la validation et la reproductibilité des résultats, évitant les critiques lors de publications internationales. En ce qui concerne les machines, la traçabilité via des « cahiers de vie » permet d'anticiper les pannes et de justifier les besoins budgétaires pour de nouveaux équipements. La gestion de la matière (consommables) favorise notamment la durabilité, tandis que le contrôle du milieu assure la confidentialité et la sécurité des accès au laboratoire. 

    Enfin, elle souligne que les chercheurs universitaires contribuent activement à l'élaboration des normes techniques internationales, évitant que celles-ci ne soient dictées uniquement par les lobbies industriels ou les fabricants d'équipements.

    Catherine Fallon, Professeure Honoraire à la Faculté de Droit, de Science Politique et de Criminologie et ancienne directrice du Spiral, ULiège, a apporté une perspective critique et sociologique à ce débat. Elle salue d'abord le rôle crucial des « personnes ressources » tels que les logisticien·nes de recherche, soulignant que ces postes sont les ancres de stabilité dans des laboratoires qui sont souvent des « courants d'air » en raison de la rotation des doctorants et post-doctorants. Cependant, Catherine Fallon met en garde contre la « normalisation de façade » (le « fake »), où les processus sont signés sans que la communication réelle n'existe au sein de l'organisation. S'appuyant sur son expérience dans l'évaluation des risques climatiques et sa collaboration avec les services de secours, elle démontre que les normes méthodologiques peuvent parfois masquer l'incertitude. Par exemple, lors des inondations de 2021, les modèles de probabilité classiques ont échoué car ils ne parvenaient pas à cadrer l'incertitude radicale du terrain.

    Selon Catherine Fallon, une normalisation excessive risque de limiter la créativité et d’effacer l’imagination, des facultés pourtant indispensables pour agir dans un monde incertain. Elle soutient que les systèmes les plus performants sont ceux qui permettent une communication saine, non autoritaire et capable d'intégrer des éléments non rationnels

    Pour elle, la normalisation impose un « cadrage épistémologique » qui définit une certaine façon de voir le monde, laquelle peut avoir des impacts sociaux concrets. 

    En conclusion, si la normalisation est un outil de rigueur nécessaire, elle doit s'accompagner d'un dialogue constant et d'une ouverture à l'imprévu pour ne pas devenir une « jambe de bois » bureaucratique. 

    La discussion entre ces trois intervenants a ainsi mis en lumière que la qualité à l'université est un équilibre fragile entre structuration managériale, rigueur technique et liberté de pensée.

    Ce compte-rendu a été rédigé avec l’aide de l’IA.

     

    Comment les normes peuvent-elles structurer l’action publique et le monde de la recherche sans en figer la créativité ? Quels bénéfices concrets et quelles limites soulève leur mise en œuvre dans des services universitaires ? Cette conférence proposera une exploration nuancée des enjeux liés à la normalisation dans le secteur public, en croisant les regards de trois intervenant·es.

    Didier Mattivi reviendra sur l’expérience de la certification ISO 9001:2015 récemment obtenue par RISE (le Service Recherche, Innovation, Support et Entreprises de l’ULiège). Il partagera ce qui a motivé la démarche pour améliorer les services offerts à l’ensemble de ses bénéficiaires - chercheur·euses, entreprises et partenaires externes - et en exposera les apports en termes de structuration, de reproductibilité, de confiance mais aussi d’innovation managériale.

    Véronique Beauvois partagera une autre réalité de terrain au travers des services proposés au monde industriel par le Laboratoire de Compatibilité Électromagnétique, accrédité selon la norme ISO/IEC 17025:2017, illustrant l’application concrète des normes internationales et européennes, mais aussi les avantages pour la recherche, en interne.

    Enfin, Catherine Fallon apportera son regard critique sur les effets ambivalents de la normalisation tantôt perçue comme levier, tantôt comme crainte pour ses effets contraignants.

    Une réflexion collective pour se pencher avec recul sur ce processus qui, marquant une organisation/institution, produit également directement ses effets sur les individus qui la composent.