Orateur(s)
Jacques Teller Professeur d'Urbanisme (Faculté des Sciences Appliquées, UEE, ULiège) et Directeur (LEMA, ULiège)
Luc Courard Professeur (UR Urban and Environmental Engineering, Faculté des Sciences Appliquées, ULiège)
Grégory Mahy Professeur Responsable (Unité de Recherche Biodiversité et Paysage, ULiège)
David Lamy Directeur Général (Tradecowall)

Des toitures vertes en ville : quels bénéfices pour les habitants et la biodiversité ?

    Résumé

    Nous abordions ce midi une réflexion sur les toitures vertes en ville afin de pointer leurs bénéfices pour les habitants et la biodiversité. Ce sujet venait prolonger des discussions déjà entamées dans notre programmation lorsque nous avons abordé, par exemple, la problématique des îlots de chaleur en ville et des solutions pour y remédier, avec, notamment, la présentation du plan Canopée.

    À la tribune ce midi, 4 intervenants, tous associés dans le cadre du projet de recherche CityRoof qui consiste à développer des toitures vertes pour offrir des services écosystémiques en milieu urbain. Fondé sur approche systémique, Cityroof s’axe sur les interactions entre  environnement humain, bâti et nature, tout en constituant une magnifique opportunité pour un développement plus durable du milieu bâti, à travers l’intégration de matériaux recyclés dans les toitures vertes.

    Le Professeur Grégory Mahy, Responsable de l’Unité de Recherche Biodiversité et Paysage, (ULiège) a entamé la présentation en rappelant les bénéfices que les populations humaines obtiennent des fonctions des écosystèmes (en termes de bien-être social et individuel), avant de souligner que les toits verts constituent un des types d’infrastructures vertes qu’il s’agit aujourd’hui de développer pour faire face aux enjeux de durabilité urbaine.
    Encore faut-il que ces infrastructures vertes soient articulées sur des solutions fondées sur la nature afin de bénéficier réellement à la biodiversité et de fournir une série de services écosystémiques... À cet égard, force est de constater que, partout, la relation « biodiversité, verdurisation et effets écosystémiques » n’est pas toujours évidente.

    Le projet CityRoof s’avère, en la matière, un exemple à suivre, visant à accroître la durabilité du système, tout en travaillant sur la mise au point de matériaux innovants, dans une logique d’économie locale et circulaire avec des applications au niveau industriel.
    Dans son exposé, Grégroy Mahy a notamment insisté sur l’importance de la sélection des bonnes espèces, natives (introduisant le concept d’habitat naturel analogue) pour végétaliser les toitures et ainsi construire des écosystèmes résilients, avant de passer la parole à Luc Courard pour la partie « Durabilité des structures de support » du projet.

    Le Professeur Luc Courard (Faculté des Sciences Appliquées, UEE, ULiège) a introduit la contribution de son service au projet CityRoof en présentant 3 principes de fonctionnement essentiels : le drainage, la rétention des eaux et l’isolation. À partir des recherches expérimentales et des modélisations menées par ses équipes, il a pu partager les conclusions suivantes  :

    • les granulats recyclés utilisés en couche de drainage donnent d’aussi bons résultats que les granulats naturels pour la perméabilité à l’eau et une meilleure capacité de rétention de l’eau ;
    • les substrats contenant des matériaux recyclés offrent une meilleure capacité de rétention d’eau ;
    • les modélisations permettent d’étudier différentes topologies de toitures vertes ;
    • à terme, les matériaux recyclés offrent une meilleure résilience des toitures vertes vis-à-vis du changement climatique.

    Ensuite, le Professeur Jacques Teller (Faculté des Sciences Appliquées, UEE, ULiège), a présenté la contribution de l’équipe du LEMA (spécialisé en urbanisme notamment) au projet. Avec son équipe de chercheurs, le Professeur Teller analyse le gisement de toitures plates à Liège (notamment) afin de déterminer le potentiel de développement de toitures vertes en ville.
    Sur base des résultats de recherches actuels, il nous a partagé les arguments qui plaident en faveur de tels projets de verdurisation de toitures en ville :

    • la superficie globale de toitures plates dans le bâti existant est suffisante ;
    • cela concerne beaucoup de grandes superficies ;
    • cette conversion serait tout à fait pertinente en termes d’intégration dans le réseau écologique ;
    • enfin, l’impact positif des toitures vertes sur les températures de surface est démontré par les mesures effectuées.

    Autant d’arguments à considérer de façon combinée pour réaliser de tels projets.

    Enfin, David Lamy, Directeur Général de Tradecowall, société qui gère les déchets de (dé)construction de manière circulaire et durable, a clôturé la présentation de CityRoof en mettant en évidence à quel point ce type de projet représente une opportunité pour son secteur d’activité.
    En effet, une entreprise comme Tradecowall est en recherche de belles opportunités de valorisation, dans un contexte où l’on observe ce changement de paradigme dans la conception même du « déchet », qui ne doit plus être considéré comme un déchet, mais comme un produit. Si ce glissement de vocable est bien réel et soutenu par les règlementations (et, ce le sera de plus en plus à l’avenir !), cela doit aussi se traduire dans l’activité industrielle. Et David Lamy de conclure en se réjouissant que les contexte wallon et européen lui semblent aujourd’hui favorable à des projets tels que Cityroof.

    Hausse des températures, problèmes de ruissellement des eaux, destruction de la biodiversité et qualité médiocre de l’air, l’artificialisation des sols génère beaucoup de nuisances. De plus en plus, l’attention se porte sur les solutions à développer pour amoindrir ces effets négatifs. Ces solutions se trouvent à la croisée de nombreuses disciplines, comme l’illustrera cette rencontre-conférence grâce aux retours d’expérience du projet de recherche CityRoof.

    Réunissant les expertises de 3 laboratoires de l’Université de Liège (Biodiversité et Paysages, GEMME Matériaux et Local Environment Management and Analysis) et une Société coopérative pour le traitement des déchets (Tradecowall), ce projet de recherche consiste à développer des toitures vertes pour offrir des services écosystémiques en milieu urbain. Un défi aujourd’hui essentiel alors que l’on ne peut que constater la pénurie de foncier pour développer des infrastructures vertes en ville.

    L’exposé de ce projet de recherche permettra de mettre en évidence, dans une approche systémique, les interactions entre environnement humain, bâti et nature. Il soulignera en outre les possibilités liées au développement plus durable du milieu bâti à travers l'intégration de matériaux recyclés dans les toitures vertes.

    Sur base des résultats déjà obtenus, les différents acteurs engagés dans cette recherche apporteront des éléments de réponses quant aux solutions à trouver au niveau du bâti existant, pour une meilleure qualité de vie en ville.