Orateur(s)
Shaddy Attia Professeur (Dpt. ArGEnCo, Techniques de construction des bâtiments, ULiège)
Gilles Foret Echevin de la Transition Écologique, de la Mobilité, de la Propreté et du Numérique (Ville de Liège)
Coraline Wyard & Benjamin Beaumont Chercheurs à la Cellule Télédétection et Géodonnées (Institut Scientifique de Service Public, ISSeP)

Stratégies d’adaptation aux risques liés au changement climatique et à l’effet de chaleur urbain

Résumé

Nous abordions, hier midi, la problématique des « îlots de chaleur ».
On le sait, en effet, dans le contexte de changement climatique que nous connaissons, les villes sont de plus en plus confrontées à des records de chaleur. Béton et bitume des immeubles et des rues absorbent particulièrement la chaleur du soleil et induisent le phénomène dit des « îlots de chaleur ».

La rencontre a débuté avec l’évocation du « Plan Canopée » par Gilles Foret (Échevin de la Transition Écologique, de la Mobilité, de la Propreté et du Numérique de la Ville de Liège). En effet, dans ce contexte de réchauffement climatique, une des volontés de la Ville de Liège, à la fois pour lutter contre ses effets mais aussi pour améliorer la qualité de l’air, est de placer l’arbre au cœur d’un volet stratégique.

Le Plan Canopée est l’action phare du Plan Climat de la Ville de Liège pour améliorer la résilience aux effets du changement climatique. Il vise la plantation, sur le territoire de la Ville de Liège, de plus de 24 000 arbres en domaine public et privé d’ici 2030 (soit, passer de 31,4% à 34,4% de couvert arboré) pour lutter contre le phénomène des îlots de chaleur urbains. 
 
Comme on peut l’imaginer, une telle entreprise nécessite un important travail qui requiert des moyens et s’inscrit également dans une certaine durée. Après un important travail pour identifier les quartiers et sites prioritaires les plus exposés aux îlots de chaleur urbains, Il s’agit également de planter le bon arbre au bon endroit, tout en ne négligeant pas la communication avec le citoyen pour qu’il adhère à la démarche. En ce sens, une attention toute particulière est d’ailleurs portée aux actions participatives citoyennes.
 
De façon générale, l’Échevin a détaillé la stratégie de la Ville en faveur de l’arborisation de son territoire qui peut être « résumée » en 3 actions : conserver les arbres existants, compenser les arbres abattus, augmenter le couvert arboré.
La stratégie est soutenue par un arsenal de 6 outils que Gilles Foret a détaillés : objectifs et données du Plan Canopée accessibles à tous, règlement sur la conservation des arbres , guide de l’arbre urbain, organisation de la Semaine de l’arbre et une directive urbanistique qui va prochainement aussi être émise.

Benjamin Beaumont et Coraline Wyart (Chercheurs à la Cellule Télédétection et Géodonnées à l’Institut Scientifique de Service Public, ISSeP) ont ensuite pris la parole, soulignant le plaisir, pour eux, d’intervenir après l’Échevin qui avait pu démontrer l’utilisation très concrète des recherches de l’ISSeP, l’Institut apportant le support scientifique au projet (notons que les études menées en collaboration avec l’UCL sont d’ailleurs toujours en cours).

L’apport de l’ISSeP porte sur l’objectivation et la priorisation des quartiers où intervenir par la production de géodonnées. Ensuite, l’ISSeP travaille également à l’évaluation des performances des modèles d’îlots de chaleur urbains (ICU), à la caractérisation des ICU et fournira, à terme, des estimations qualitatives et quantitatives des services écosystémiques de régulation rendus par les arbres

Après avoir partagé les développements méthodologiques mis en œuvre, les chercheurs de l’ISSeP ont conclu avec quelques observations :

  • les géodonnées wallonnes sont proches de l’idéal pour les travaux de cartographies ;
  • les méthodes proposées sont robustes et reproductibles pour faciliter le travail d’évaluation des résultats du Plan Canopée à l’avenir.

Ils ont également voulu faire passer ce message : étant donné les projections climatiques, la situation en occupation du sol et les temps de croissance des arbres, c’est bien maintenant que les villes doivent mettre en place des « Plans Canopées ».

Enfin, Shady Attia (Professeur au département ArGEnCo, Techniques de construction des bâtiments, ULiège) est intervenu pour présenter une démarche complémentaire à celle menée par la Ville de Liège. Il a illustré la problématique avec un exemple issu, lui, de la Ville de Bruxelles où un consortium de professionnels et de scientifiques (dont l'ULiège) a lancé, en avril 2022, une étude pour caractériser l'effet d'îlot de chaleur et identifier les points chauds de la ville, grâce à une approche multi-échelles couplant télédétection par satellite et imagerie thermique par drone. Shady Attia évoque, à propos de cette étude, une approche d’acupuncture (de ciblage) pour chercher les endroits les plus stratégiques où intervenir.
Une des parties innovantes du projet tient notamment à l’installation de 10 stations climatiques pour commencer une campagne de mesure (température, vent, humidité…) et ainsi obtenir des données réelles de terrain.

Shady Attia a expliqué comment, à l'aide d'une modélisation avancée, des solutions et des mesures d'atténuation fondées sur la nature (autres que la plantation d’arbres, ici) sont testées pour mettre en œuvre des mesures d'adaptation efficaces et pratiques.

Dans ses conclusions, il a partagé 2 faits qui complexifient notamment le travail : l’inexistence d’un Vade-mecum des impétrants qui sont dès lors mal répertoriés (il faudrait développer le BIM pour y remédier) et le phénomène du NIMBY (Not In My Back Yard - Pas près de chez moi)  qui fait en sorte que tout un chacun n’accepte pas nécessairement volontiers d’échanger une place de parking devant sa maison par des arbres. Et d’en revenir à la nécessité d’engager la population et de communiquer. Action bien entreprise par la Ville de Liège dans la mise en œuvre du « Plan Canopée » !

> Plus d'infos sur le Plan Canopée de la Ville sur canopee.liege.be

Retrouvez ci-dessous les présentations de cette rencontre :

Les villes sont de plus en plus confrontées à des records de chaleur. Béton et bitume des immeubles et des rues absorbant particulièrement la chaleur du soleil, ils induisent le phénomène dit des « îlots de chaleur ».
Cette rencontre-conférence sera l’occasion de présenter 2 exemples de stratégies d’adaptation aux effets de chaleur urbains.

La rencontre débutera par l’évocation du Plan Canopée, action phare du Plan Climat de la Ville de Liège pour améliorer notre résilience aux effets du changement climatique. Celui-ci vise à la plantation, sur le territoire de la Ville de Liège, de plus de 24 000 arbres en domaine public et privé, d’ici 2030, pour lutter contre le phénomène des îlots de cha­leur urbains.  

L’arbre urbain est en effet le meilleur allié des villes par l’ensemble des bénéfices qu’il apporte : la captation du CO2, la purifi­cation de l’air, les effets d’ombrage rafraichissants, le verdissement des quartiers et le maintien de tempéra­tures plus fraiches par temps de forte chaleur. Il permet également une meil­leure infiltration de l’eau dans le sol et évapotranspire de grandes quantités d’eau. Le challenge est dès lors de planter le bon arbre au bon endroit via l’identification des quar­tiers et sites prioritaires les plus expo­sés aux îlots de chaleur urbains.

L’échevin de la Transition Écologique de la Ville de Liège, Gilles Foret, présentera la politique et la stratégie de la Ville en faveur de l’arborisation de son territoire. L’ISSeP qui assure, avec l’UCLouvain, le support scientifique du projet afin d’objectiver la stratégie de végétalisation, présentera l’état de la recherche (cartographies et analyses statistiques à l’appui).

Ensuite, Shady Attia présentera la méthodologie déployée pour contrer la problématique au sein de la ville de Bruxelles. Un consortium de professionnels et de scientifiques, dont l'ULiège, y a lancé en 2022 une étude pour caractériser l'effet d'îlot de chaleur et identifier les points chauds de la ville grâce à une approche multi-échelle couplant télédétection par satellite et imagerie thermique par drone, avec des mesures réelles sur site et des stations météorologiques locales. À l'aide d'une modélisation avancée, des solutions et des mesures d'atténuation fondées sur la nature sont testées pour mettre en œuvre des mesures d'adaptation efficaces et pratiques.