Bâtir pour le bien vieillir : comment nos lieux de vie façonnent la santé et l’autonomie des aîné·es
Résumé
Olivier Bruyère a débuté son intervention par une perspective démographique. L’espérance de vie a connu une progression fulgurante, passant de 45 ans il y a 150 ans à plus de 80-85 ans aujourd'hui. À 80 ans, une personne peut désormais espérer vivre encore une dizaine d’années. Cependant, ce gain de longévité s'accompagne d'un déclin des capacités physiques et cognitives, variable selon les individus. En effet, environ 70 % des hommes et 85 % des femmes de plus de 65 ans présentent des restrictions dans les activités de base (cuisine, toilette, transferts). Néanmoins, une majorité de ces personnes s'estiment en bonne santé malgré ces limitations.
Il identifie deux déterminants majeurs sur lesquels l'environnement architectural peut agir :
le sommeil (au travers sa durée et sa qualité) et l’activité physique. Un sommeil perturbé est associé à une augmentation de 60 % du risque de maladie d’Alzheimer. Dans cette perspective, l’environnement bâti peut jouer un rôle protecteur en améliorant l’isolation acoustique, en maximisant l’accès à la lumière du jour, en réduisant l’exposition à la pollution atmosphérique et en intégrant des espaces verts favorables à l’exercice et au lien social.
Concernant l'activité physique, elle ne se résume pas au sport mais englobe toute dépense énergétique. L'organisme mondial de la santé (OMS) recommande 2h30 à 5h d'activité modérée par semaine. La force musculaire est le facteur numéro un de prévention des chutes. Pour les seniors, marcher 6 000 à 7 000 pas par jour réduit drastiquement le risque de mortalité.
L'environnement bâti peut favoriser ou entraver ces comportements. Un quartier sécurisé, éclairé et proche d'un parc incite à la marche, tandis qu'une sédentarité prolongée (plus d'une heure assis) doit être combattue par des pauses actives.
Catherine Elsen a ensuite présenté les travaux du laboratoire Inter’Act, qui privilégie une approche éthique et participative : concevoir non seulement pour les usagers, mais surtout avec eux.
Afin de sortir des clichés du vieillissement, il est impératif de dépasser la dichotomie entre le "senior dépendant" et le "senior hyperactif" pour embrasser la diversité des trajectoires. Bien que 82 % des seniors refusent de déménager, environ 30 % vivent dans des habitats inadéquats, souvent trop grands.
Elle pointe la tendance des architectes à se focaliser uniquement sur le triptyque « hygiène, sécurité, accessibilité », créant des environnements hospitaliers froids. Elle prône une architecture sensorielle et émotionnelle pour créer des « mètres carrés heureux ». L'usage des technologies de soutien (capteurs de présence couplés à la téléassistance) est également évoqué pour retarder l'institutionnalisation en apprenant des habitudes de vie de l'usager grâce à l'intelligence artificielle.
Le projet Habit-Âge montre qu'un logement trop "protecteur" (tout de plain-pied) peut induire une dépendance par manque de stimulation physique. L'idéal est un équilibre : si l'appartement est peu stimulant, le quartier doit compenser par une offre de marche et de liens sociaux (parcs, commerces de proximité). À l'inverse, une villa isolée avec jardin peut devenir un piège si le quartier n'offre aucune stimulation sociale.
Clémentine Schelings a enchainé en détaillant le projet européen STAGE, qui vise à créer un Atlas du vieillissement en bonne santé. Une revue de la littérature révèle que les seniors sont souvent perçus comme vulnérables ou passifs, alors qu'ils sont des collaborateurs actifs possédant une connaissance inestimable de leur territoire. Leur disponibilité est également un mythe, car ils restent très engagés socialement et familialement.
Pour favoriser l'expression des aînés, le processus participatif organisé en Wallonie a adapté ses méthodes avec :
- Des groupes restreints (4-5 personnes) pour plus de confort.
- Des sessions plus courtes (1h30 au lieu de 3h).
- L’utilisation de méthodes et de supports variés (cartes, photos).
Un classement de 28 composants environnementaux a été établi avec des experts, des responsables communaux et des citoyens (à Gouvy et Verviers) pour calibrer l'Index du vieillissement en bonne santé.
Les résultat montrent un consensus sur les priorités wallonnes :
- L’accessibilité pour pouvoir atteindre des destinations via des modes doux (marche à pied).
- L’environnement social (importance de la cohésion et du soutien social).
Les participants ont souligné des effets « boule de neige » : un quartier bien aménagé et socialement riche favorise indirectement l'esthétique et la qualité de vie globale.
En conclusion, le bien-vieillir nécessite une approche transversale. Olivier Bruyère rappelle l'urgence de maintenir une activité physique et un sommeil de qualité. Catherine Elsen insiste sur la nécessité de concevoir des habitats stimulants sans tomber dans l'hyper-assistance. Enfin, Clémentine Schelings conclut sur l'importance de la participation citoyenne pour adapter les politiques locales aux réalités vécues du territoire.
Ce compte-rendu a été rédigé avec l’aide de l’IA.
Annonce
Le vieillissement de la population pose des enjeux majeurs en matière de santé, d’architecture et d’aménagement du territoire. Alors que les aîné·es présentent des besoins de plus en plus spécifiques, comprendre comment le logement, le quartier et les infrastructures influencent leur santé, leur bien-être et leur autonomie devient essentiel.
Cette conférence explorera les liens entre environnement de vie et vieillissement en bonne santé, en mobilisant des approches issues de l’ingénierie architecturale et des sciences médicales. Elle mettra en lumière l’impact d’espaces bâtis et non bâtis de différentes échelles - du domicile aux espaces publics, en passant par les systèmes de soins - sur le bien-être des personnes âgées.
À partir d’exemples concrets et de résultats de recherches pluridisciplinaires, les intervenant·es proposeront des pistes d’action pour créer des milieux de vie adaptés et stimulants pour toutes et tous.
Objectifs de Développement Durable
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