Orateur(s)
Michel Moutschen Vice-Recteur à la Recherche (ULiège)
Fabienne Glowacz Professeure (Faculté de Psychologie, Logopédie et Sciences de l'Education, ULiège)
Sébastien Durieux Membre du Comité de Direction (Wallonie Entreprendre)
Jean-Luc Morelle CTO Administrateur (Trasis)
Fernand Collin Directeur (Préhistomuseum)
Fabrice Collignon Vice-Président (SeaCoop)

L’audace du positif : l’innovation et la recherche pour transcender les crises

Soirée de lancement de Saison
    Résumé

    La première intervention a été menée par Fernand Collin, Directeur du Préhistomuseum, qui a mis en lumière la capacité d'adaptation de l'humanité ancrée dans sa propre histoire. S'appuyant sur sept millions d'années d'évolution, Fernand Collin a postulé que le talent majeur de l'espèce humaine résidait dans la transgression, définie comme l'audace de sortir du cadre établi. Trois grandes transgressions historiques ont été identifiées : la maîtrise du feu comme rupture sociale et technique, le passage à l'agriculture et à l’élevage ayant transformé le rapport à la nature, et enfin l'émergence de l'intelligence artificielle perçue comme une transgression transcendant la nature même du vivant. Pour expliciter les facteurs conditionnant ces dynamiques, Fernand Collin a formalisé une grille de lecture articulée autour de sept moteurs combinant le milieu, la matière, les manières, le moment, les mots, les modèles et la métaphysique.

    La réflexion a été poursuivie par Fabienne Glowacz, Professeure au sein de la Faculté de Psychologie, Logopédie et Sciences de l'Education, ULiège, qui a analysé les réactions des individus et des organisations face aux crises imbriquées théorisées par Edgar Morin sous le terme de polycrise. Elle a rappelé que la confrontation initiale à une menace déclenchait des réflexes biologiques représentés par la loi des trois F — combattre, fuir ou se figer —, lesquels réduisent temporairement la capacité de recul et de prospective. Évoquant le cas historique de la société Kodak engluée dans la répétition de ses schémas connus, Fabienne Glowacz a mis en évidence le paradoxe voulant que la crise réduise la capacité d'exploration au moment même où l'innovation s'avère la plus indispensable. Afin de dépasser cette paralysie, plusieurs leviers de résilience ont été présentés par l'intervenante, incluant la restauration de la sécurité psychologique, la réactivation de la curiosité, la préservation de l'espoir défini par Snyder comme l'aptitude à inventer des trajectoires alternatives, le renforcement du sentiment d'efficacité personnelle formalisé par Bandura, ainsi que la mobilisation essentielle des solidarités collectives.

    Une table ronde réunissant divers acteurs du monde académique, économique et du secteur public a ensuite permis de croiser les visions sur le rôle de l’innovation et de la recherche face aux mutations actuelles. Invité à préciser la mission de la recherche, Michel Moutschen, Vice-Recteur à la Recherche de l’ULiège, a nuancé la conviction selon laquelle l'université devrait avant tout être un outil au service de la résolution immédiate des crises. Il a affirmé que l'essence de la démarche académique consistait à appréhender la complexité intrinsèque d'un monde structurellement instable. Tout en reconnaissant que des applications concrètes émergeaient des découvertes pour améliorer l'avenir, Michel Moutschen a souligné la vulnérabilité de la recherche libre, fragilisée par les restrictions budgétaires qui contraignent les laboratoires à nouer des partenariats industriels assortis d'arbitrages éthiques délicats. Il a aussi rappelé qu'une hypothèse infirmée ne constituait pas un échec mais une partie intrinsèque de la démarche scientifique.

    Interrogé sur la capacité de la technologie à surmonter les dérèglements sociétaux, Jean-Luc Morelle, CTO Administrateur de Trasis, a exprimé une position lucide en rappelant que le progrès technique générait souvent autant de problèmes qu'il n'en résolvait. Il a souligné que la majorité des blocages contemporains étaient de nature morale et sociale plutôt que purement technologiques. Conscient des limites matérielles d'une planète finie, Jean-Luc Morelle a estimé qu'une modération de la consommation et une acceptation de la finitude de la croissance s'imposaient comme des nécessités partagées. Il a toutefois illustré le rôle bénéfique des technologies appliquées à la santé en montrant comment les solutions d'automatisation développées chez Trasis permettaient de réduire les coûts et de démocratiser l'accès aux soins. Il a ajouté que l'audace repose sur un esprit collectif permettant d'assumer les risques et d'agir ensemble.

    Axé sur la transformation des inventions scientifiques en projets économiques, le parcours de valorisation a été décortiqué par Sébastien Durieux, Membre du Comité de Direction de Wallonie Entreprendre. Sébastien Durieux a souligné que la réussite de l'innovation dépendait d'écosystèmes complexes où les compétences scientifiques et entrepreneuriales devaient être articulées. Constatant qu'un chercheur ne devenait pas automatiquement un gestionnaire d'entreprise, il a préconisé la constitution de binômes associant chercheurs et profils d'affaires, notamment par l'appui de startup studios. Il a également insisté sur la nécessité de caler les projets sur les cycles de financement et a plaidé pour une meilleure acceptation culturelle de l'échec perçu comme une étape d'apprentissage.

    Orienté vers l'engagement collectif, Fabrice Collignon, Vice-Président chez SeaCoop, a soutenu que la traversée des crises exigeait de dépasser le capitalisme financier traditionnel au profit de structures axées sur le bien commun. À travers des exemples comme les coopératives d'énergie renouvelable Cociter ou le vignoble Vin de Liège, Fabrice Collignon a démontré que l'action citoyenne pouvait s'emparer de tous les secteurs. Il a fait valoir que ces initiatives coopératives étaient en mesure de franchir un cap pour participer à des infrastructures majeures, telles que l'éolien en mer, prouvant ainsi la viabilité d'un modèle inclusif capable de redonner du sens et de préserver l'avenir.

    Ce compte-rendu a été rédigé avec l’aide de l’IA.

    À l’occasion de sa conférence de lancement de saison, LIEGE CREATIVE vous propose un temps de réflexion et de dialogue autour du rôle central de l’innovation et de la recherche comme leviers d’action dans un monde traversé par des crises multiples - économiques, environnementales, sociales, géopolitiques...

    Résolument orientés solutions et en écho à notre slogan de saison, nous placerons au cœur des échanges « l’audace du positif », en tant que capacité à mobiliser les connaissances, les ressources, et les expériences collectives pour répondre aux défis que rencontrent aujourd’hui les entreprises et la société en général.

    Lors de cette rencontre, nous croiserons, comme à notre habitude, différents angles d'approche : des talents et capacités d’innovation depuis les débuts de l’humanité, aux pratiques contemporaines des entreprises confrontées à de multiples incertitudes, en passant par les mécanismes psychologiques qui soutiennent les capacités des individus et des collectifs à faire face aux adversités, à relever les défis et à naviguer dans des environnements de plus en plus complexes.

    Ensemble, nous explorerons cette question essentielle : quels choix poser, dans un environnement en constante mutation, pour continuer à soutenir, accompagner et valoriser, avec audace et lucidité, les dynamiques de recherche et innovation, tant au sein des universités que dans les entreprises et plus largement dans la société ?

    ℹ️ Programme de la soirée :
    • 17h30 : Accueil
    • 18h-20h : Rencontre-conférence
    • 20h : Drink

    Les échanges seront modérés par Didier Moreau, Responsable Presse & Médias à l’Université de Liège.


    Cette conférence est hébergée au Val Benoît, dans le cadre de notre partenariat avec SPI.