Orateur(s)
Florence Caeymaex Chercheuse FNRS (Faculté de Philosophie et Lettres, ULiège) et Présidente du Comité Consultatif de Bioéthique de Belgique)
Benoît Pétré Chargé de Cours Département des Sciences de la Santé Publique (Faculté de Médecine, ULiège)

Le « citoyen acteur de santé » à l’épreuve de la crise sanitaire

Dans le cadre du Festival ImagéSanté
Résumé

La rencontre de ce midi s’inscrivait dans le cadre du Festival ImagéSanté, véritable outil au service de l’éducation à la Santé, afin de mener une réflexion sur le système de santé et l’éducation du citoyen à la santé, notamment dans le contexte de crise sanitaire que nous traversons. Un échange entre deux regards scientifiques de l’ULiège, Florence Caeymaex, Chercheuse FNRS (Faculté de Philosophie et Lettres) et Présidente du Comité Consultatif de Bioéthique de Belgique), et Benoît Pétré, Chargé de Cours Département des Sciences de la Santé Publique (Faculté de Médecine), mené en trois temps : les constats ; l’analyse de notre système de santé ; des propositions pour aller vers une vraie politique de santé publique.

1. Les constats

Benoit Pétré a tout d’abord entamé la discussion en rappelant l’importance d’intégrer les comportements humains et la participation active du citoyen au cœur des stratégies et mesures de prévention, trop rarement pris en compte lors de l’établissement des mesures sanitaires. Une réflexion développée via trois constats majeurs :

  • La prédominance du biopouvoir (pouvoir qui s’exerce sur la population)

[8'24] Selon lui, la crise a réactivé d’anciennes approches en matière de prévention, basée sur l’idée qu’informer les citoyens suffisait à produire les comportements attendus, tout en jouant sur des éléments de peurs et de sanctions. De récentes études montreraient pourtant la difficulté pour les citoyens (environ la moitié de la population européenne) de comprendre l’information et de la mobiliser efficacement dans leurs comportements : chacun devrait pouvoir comprendre les raisons des mesures et avoir une vision positive des changements attendus, pour pouvoir les mettre en œuvre.

Un constat partagé par Florence Caeymaex [14'02] : nous avons besoin d’une boussole, d’une vision positive globale objectivée (solidarité, justice, démocratie, santé collective…) pour donner une justification aux mesures. Ce manque de repères expliquerait la difficulté de certaines personnes à les comprendre et les respecter.

  • Impréparation du système de santé

Florence Caeymaex rappelle ensuite que l’épidémie que nous traversons est forte, invisible, et qu’elle provoque des risques individuels très inégaux. [20'06] Chacun ayant été pris au dépourvu, une riposte efficace demeurait difficile. Une situation qui a aussi mis en évidence l’immaturité du système de santé à plusieurs niveaux : prévention (sens du geste préventif) ; promotion de la santé (sens de la santé comme un fait/bien collectif) ; santé publique (au sens large du terme).

Un constat qui en révèle deux autres : [24'32] l’impréparation des patients déjà fragilisés avant la crise (les « malades chroniques » qui dépendaient déjà du système de santé, que les mesures ont d’autant plus mis en difficulté) et [27'40] la mise de côté des personnes âgées en maison de repos et de soin (fermeture brutale aux visiteurs, aux médecins…).

  • Fragilité des dispositifs de participation des usagers dans le système de santé

Ce troisième point découle des deux premiers, notamment sur la question des malades chroniques et des personnes âgées en MR-MRS qui, selon nos deux intervenants, ne participent pas aux décisions de gestion quotidienne qui les concernent pourtant directement. Pour les premiers, les dispositifs de participation de patients mis en place dans les hôpitaux sont encore trop fragiles, puisque arrêtés pendant la crise. Pour les seconds, c’est leur autonomie qui est directement remise en question.

2. L’analyse de notre système de santé

Suivant ces premiers constats, Benoit Pétré a offert une analyse de notre système de santé général, confirmant l’importance de passer d’une vision « paternaliste » (information préventive, pédagogie descendante, stratégie de persuasion…) vers un modèle plus « démocratique » (recherche de partenariats en matière de santé) et ce, via trois caractéristiques oscillant entre ces deux pôles [39'40] :

  • Biomédical : tenir compte de l’importance de l’ensemble des déterminants de la santé (sociale, éducationnelle, environnementale…) et du besoin des individus d’aborder les mesures non pas via une logique informative, mais via leur propre situation (sociale, médicale, environnementale…) ;
  • Savoir et connaissance : légitimer et reconnaitre la valeur de l’expertise développée par les patients ;
  • Équilibre hôpitaux/première ligne : mieux équilibrer l’investissement dans les hôpitaux avec celui, quasi nul, dans les structures de première ligne, tout autant confrontées aux contraintes liées à la crise sanitaire.

Florence Caeymaex a appuyé ces différents points en proposant d’automatiser l’émergence de savoirs populaires via des rencontres entre les citoyens, comme les experts ont la chance de le faire : poser des questions, échanger sur leur vécu… pour mettre en place une stratégie de santé plus globalisante. Ainsi qu’en recentrant les débats sur la première ligne et les MR-MRS.

3. Propositions concrètes

Pour conclure cet échange, les deux intervenants ont partagé des pistes de solution pouvant aider à améliorer notre système de santé actuel. Benoit Pétré a résumé les propos ci-dessus via une série de propositions émanant, notamment, d’une initiative au niveau national devant mener à la création d’une série de projets pilotes pour améliorer le système de santé moderne. Parmi les axes visés :

  • Soutien, prévention et enpowerment du patient : rééquilibrer l’organisation des services de santé pour mieux préparer les personnes / éducation thérapeutique du patient ;
  • Valorisation des associations de patients : consolider les démarches et connaissances populaires qui se développent, et accorder de la valeur à ces discours ;
  • Revisiter le système de financement (et de remboursement) de la santé ;
  • Travailler en interdisciplinarité : décloisonner les pratiques professionnelles.

Il a ensuite rappelé que, plus que l’éducation du citoyen en elle-même, ce sont les conditions de cette éducation et la manière de faire qu’il fallait questionner, sans oublier la nécessité de lui permettre d’investir dans son autogestion et d’accéder à des ressources lui permettant de faire des choix éclairés.

Florence Caeymaex a quant à elle rappelé l’importance d’un rééquilibrage entre le préventif et le curatif, ainsi que la nécessité d’avancer vers une plus grande autonomie des patients et, plus largement, de tout un chacun en tant que citoyen.

La rencontre s’est clôturée sur des échanges riches avec les participants, amenant à la fois leur expérience personnelle et un questionnement plus général sur « comment mettre en place » ces solutions.

Pour aller plus loin : plus d'info sur le Festival ImagéSanté.

Retrouvez le replay de cette rencontre ci-dessous :

L’une des répercussions positives de la crise sanitaire liée à la COVID-19 est de dévoiler de manière importante les forces et faiblesses du système de santé.

Partant de constats réalisés quant à la capacité de nos sociétés à faire face à la crise du COVID-19, cette rencontre-conférence vise à ouvrir le débat sur l’urgence d’un investissement majeur dans les stratégies de promotion et prévention en santé, contributives au développement d’une démocratie sanitaire.

La première partie de la conférence dressera différents constats qui illustrent un mode de gouvernance de la crise qui minimise la capacité et les compétences en santé des personnes, et montrent l’impréparation profonde de nos systèmes de santé à miser sur la capacité des citoyens à agir comme acteurs de leur santé.
Ces constats ouvrent à une deuxième partie qui questionnera la nécessité d’ouvrir la compréhension et l'accompagnement des comportements humains selon une perspective interdisciplinaire.

La troisième partie de l’intervention dessinera des propositions concrètes pour investir dans le développement des capacités et compétences en matière de santé des citoyens, en interrogeant notamment l’offre d’éducations en santé et ses enjeux éthiques. Une offre qui ne doit pas se faire selon une approche moralisatrice ou dogmatique mais bien de construction et d’émancipation de la personne, sensible aux inégalités de santé.
Faire glisser les patients/citoyens d’un statut de profane à celui d’acteur compétent en matière de santé ? C’est ce dont nous débattrons avec la philosophe Florence Caeymaex et Benoît Pétré.

Retrouvez ici le programme complet du Festival imagéSanté.

Notre format en ligne privilégie un nombre limité de participants pour favoriser les interactions et le partage des expériences, dans l’esprit convivial qui caractérise les rencontres-conférences LIEGE CREATIVE.
Le lien pour accéder à la conférence vous sera communiqué quelques jours avant l'événement.