Usages de la réalité virtuelle en santé et bien-être : apports, limites et acceptabilité
Résumé
Anne-Marie Etienne, Professeure Ordinaire à l’Université de Liège (Faculté de Psychologie, Logopédie et Sciences de l'Éducation), a inauguré cette conférence en définissant la réalité virtuelle comme un outil permettant à l'individu d'explorer un environnement de synthèse en temps réel tout en gardant la possibilité d'interagir et de décider de ses mouvements. Pour elle, cet outil est particulièrement utile en prévention santé pour travailler le changement de comportement.
Le défi majeur de l'immersion est de substituer la réalité physique par des stimuli contrôlés afin que la personne soit présente dans l'environnement virtuel, sans pour autant tomber dans le jeu pur. L'objectif en prévention santé et en clinique n'est pas la performance, mais l'augmentation du sentiment d'auto-efficacité, c'est-à-dire la conviction de pouvoir agir de la meilleure façon possible pour progresser. Anne-Marie Etienne a souligné que la réalité virtuelle permet de modifier les associations cérébrales entre certains stimuli et un sentiment de menace, comme dans le cas des phobies ou des troubles alimentaires. Elle a illustré son propos par des applications variées : l'utilisation d'une cuisine virtuelle pour traiter les distorsions cognitives liées à la surcharge pondérale, ou encore l'usage de parcs virtuels pour encourager l'activation comportementale. Elle a insisté sur la nécessité de valider scientifiquement ces environnements. Ses travaux s'étendent également à la prévention pour les enseignants avec un projet visant à préserver leur voix grâce à des stratégies de prise de parole en public. Enfin, elle a évoqué l'avenir de ses recherches qui intégreront l'odorat, un sens extrêmement puissant pour agir sur les mécanismes d'habituation, notamment dans le traitement du tabagisme et des comportements alimentaires.
Prenant la suite, Audrey Vanhaudenhuyse, Docteure Neuropsychologue au CHU de Liège, a orienté le débat vers la combinaison de la réalité virtuelle et de l'hypnose (VRH). Son travail au sein du Conscious Care Lab (GIGA Consciousness, ULiège) se focalise sur les états de conscience modifiés sans substance, cherchant à créer une transition constante entre la recherche fondamentale et la pratique clinique pour améliorer le bien-être des patients.
Contrairement aux environnements interactifs décrits précédemment, la VRH qu'elle utilise est contemplative : le patient visite un environnement visuel tout en étant guidé par un enregistrement audio d'hypnose, créant ainsi une synergie. Cette approche est particulièrement utile dans les hôpitaux pour pallier le manque de personnel formé à l'hypnose ou pour les patients initialement réticents à cette pratique mais ouverts à la technologie. Les études de son laboratoire en neurophénoménologie montrent que la VRH induit des niveaux de dissociation et d'absorption similaires à l'hypnose classique. Au niveau cérébral, les deux techniques provoquent une diminution des rythmes alpha et bêta ainsi qu'une modification de la connectivité fonctionnelle. Dans la gestion de la douleur, Audrey Vanhaudenhuyse a démontré que la VRH réduit non seulement la perception subjective de la douleur et de l'inconfort, mais aussi les réponses cérébrales liées aux stimulations douloureuses. Cependant, une étude menée en soins intensifs a révélé une surprise : tous les groupes, y compris le groupe témoin bénéficiant simplement d'une présence humaine, ont vu leur anxiété diminuer. Cela souligne l'importance cruciale du facteur humain dans le soin, l'outil technologique devant être intégré dans une prise en charge globale et non utilisé de manière isolée.
Le regard s’est déplacé ensuite vers le monde de l'entreprise avec Jérôme Van Lidth, Trainer-Coach & Facilitator (Human Capital Academy). Il utilise la réalité virtuelle comme un praticien cherchant à éveiller la conscience et à responsabiliser les managers et leurs équipes. Son application phare concerne la réintégration après une absence de longue durée. Grâce à un outil (VR) développant une « empathie augmentée », il permet aux managers de se mettre
littéralement à la place de l'employé qui revient au travail. En portant le casque, le manager ressent la charge émotionnelle de retrouver un bureau en open space, de voir l'accumulation de courriels ou de subir les remarques maladroites des collègues. Cette immersion crée un marqueur émotionnel fort qui, selon Jérôme Van Lidth, favorise la mémorisation des bonnes pratiques à long terme, avec des taux de rétention supérieurs de 30 % par rapport aux formations classiques. La réalité virtuelle sert ici de déclencheur pour une discussion humaine plus profonde, l'attractivité de l'outil aidant à surmonter les réticences face à la formation.
Une discussion entre les orateurs a ensuite permis de dégager des points de convergence essentiels. Tous trois s'accordent sur le fait que la réalité virtuelle est avant tout un outil qui modifie la relation thérapeutique ou de coaching sans la remplacer. Anne-Marie Etienne a expliqué que l'usage du « thinking aloud » (penser à voix haute) pendant l'immersion permet au clinicien d'accéder au récit intérieur du patient, créant une proximité émotionnelle inédite lors du retrait du casque. Les limites de l'outil ont également été abordées : certains profils, comme les « gamers » trop critiques envers les défauts graphiques, ou les personnes ayant un besoin de contrôle élevé ou des profils alexithymiques, peuvent avoir plus de mal à s'immerger. Sur le plan technique, il a été souligné que si la haute résolution est cruciale pour des applications culturelles ou patrimoniales, elle peut parfois surcharger cognitivement un patient en clinique, où l'important est l'acceptation de la situation plutôt que la perfection visuelle.
Enfin, la conférence s’est conclue par le pitch de Yanis Mouheb, doctorant au Conscious Care Lab (GIGA Consciousness, ULiège) dans l'équipe d'Audrey Vanhaudenhuyse. Il a présenté ses recherches sur l'application de la VRH en oncologie, spécifiquement lors de la pose de chambres à cathéter (port-à-cath), procédure qui est souvent source d'une grande anxiété chez les patients.
Yanis Mouheb a terminé en rappelant que la question fondamentale pour ces technologies immersives n'est pas seulement leur caractère innovant, mais leur utilité, leur acceptabilité et leur intégration éthique pour apaiser les patients dans les moments de vulnérabilité. Ce tour d'horizon démontre que, quel que soit le domaine, la réussite de la réalité virtuelle repose sur l'équilibre délicat entre l’utilisation de technologique et la justesse de l'accompagnement humain.
Ce compte-rendu a été rédigé avec l’aide de l’IA.
Annonce
Depuis le début des années 2000, la réalité virtuelle s’est progressivement imposée comme un outil innovant dans de nombreux secteurs, dont celui de la santé et du bien-être, y compris dans le monde du travail.
Lors de cette rencontre-conférence, nous explorerons trois cas d’usage concrets distincts à partir d’applications spécifiques. Cette approche croisée permettra de mettre en évidence que la technologie n’est pas une fin en soi, mais bien un levier au service de différents objectifs.
En milieu professionnel : pour favoriser la compréhension des enjeux liés au retour d’un·e collaborateur·trice après un burn-out.
En contexte médical : combinée à l'hypnose, pour atténuer la douleur aigüe, moduler l'anxiété et diminuer la consommation médicamenteuse lors d'une intervention chirurgicale.
En prévention santé : pour encourager des comportements favorables, comme l’activité physique ou une alimentation équilibrée.
Cette rencontre visera à croiser les perspectives des chercheur·euses et des praticien·nes afin d’évaluer les apports, les limites et l’acceptation de ces technologies par les acteurs. Entre empathie, contrôle de l’environnement, activation comportementale et prévention, les différents leviers de la réalité virtuelle seront discutés afin de guider tout un chacun vers les bons choix de support technologique.
Le 5 février, une rencontre-conférence mettra l'accent sur les technologies immersives et leurs impacts sur l’expérience des utilisateur·trices : plus d'infos.
➡️ À l’issue de la conférence, les différents dispositifs de réalité virtuel pourront être testés par les participant·es qui le souhaitent.
Objectifs de Développement DurablE
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