Orateur(s)
Grégoire Wallenborn Chercheur-Enseignant (IGEAT, ULB)

Les ménages, acteurs de la transition énergétique ? Décrypter la demande et la flexibilité à l’aide de la théorie des pratiques sociales

Résumé

Ce midi, une fois n’est pas coutume, c’est sous l’angle d’une approche axée sur les pratiques sociales que nous abordions la question de la transition énergétique. En effet, la consommation d’énergie implique immanquablement une relation entre des objets et des êtres humains comme le souligne notre orateur Grégoire Wallenborn (chercheur IGEAT – ULB).

Pourtant, le système énergétique est aujourd’hui essentiellement pensé par et avec les technologies. Il faudrait donc, selon notre orateur, davantage faire confiance aux humains et aux innovations sociales pour accélérer effectivement la transition énergétique. Il précise qu’il y a une réelle nécessité d’engager les usagers afin de pallier ce manque de confiance et donc de construction collective.

Faut-il parler de consommateurs, de clients ou d’usagers ? Les termes ne sont pas anodins aux yeux de Grégoire Wallenborn et il nous l’a démontré tout au long de son exposé. Et qu’en-est-il des compteurs intelligents ? Le sont-ils vraiment ? Cette interpellation est l’occasion, pour lui, de pointer la difficulté et la faiblesse générale des feedbacks recueillis auprès des personnes qui testent des technologies ; ces feedbacks dits instantanés ne permettraient pas de réduire les consommations énergétiques.

Dans son approche de la relation entre société et énergie, il part de l’hypothèse qu’une société est constituée de pratiques et rien que de pratiques ; c’est la théorie des pratiques sociales. Bien que cette théorie implique une part de choix individuels, les systèmes maintiennent quant à eux ces pratiques (par exemple, qui souhaiterait repasser au poêle à charbon dans une pièce unique quand on a le chauffage central ?). Une co-évolution des infrastructures et des usages semble donc être un point de départ.

Les avantages de cette approche, comparativement à un regard axé sur les comportements, sont de l’ordre de la globalité du regard posé. Il ne s’agit pas de simplement vouloir agir sur les comportements, de façon isolée des contextes et sans épaisseur historique. La théorie des pratiques vise à des impacts par « cliquet ». En suivant cette conception, l’énergie n’est pas utilisée pour elle-même, elle est un ingrédient et le résultat des pratiques sociales ; modifier sa consommation implique donc d’agir sur l’ensemble des ingrédients.

La théorie des pratiques sociales permet également de mettre en évidence la synchronisation des usages. Grégoire Wallenborn explique que si les ménages consomment davantage le soir, c’est parce-que les pratiques sont désynchronisées : l’un est encore au travail tandis que l’autre est déjà rentré, chacun vogue à ses occupations après le repas…

Il a finalement illustré ses propos par différents exemples, tout en présentant des personna (profils types) identifiés sur base de leur rapport à leur rôle dans la transition énergétique : l’économiste, l’écologiste, le technicien et le pondéré.


Retrouvez ci-dessous les slides de la présentation :

 

 

La transition énergétique suppose de remplacer progressivement toutes les sources d'énergie fossile ou non renouvelable, mais aussi de réduire considérablement notre consommation d'énergie.

 

Pour des raisons climatiques, cette transition vers 100% d'énergies renouvelables doit se faire le plus vite possible. Toutefois, il ne s'agit pas uniquement d'une question technique, puisque tous les acteurs de l'électricité vont devoir changer leurs pratiques. Et les ménages font aussi partie de ces acteurs.

 

La question est notamment de savoir quel rôle on veut faire jouer aux ménages, comment transformer les consommateurs en citoyens. Plusieurs types d’actions sont possibles : réduction des consommations d’énergie, flexibilité des usages, constitution de communautés d’énergie...

 

L’exposé abordera ces questions à l’aide de la théorie des « pratiques sociales » afin de mieux cerner les contraintes et possibilités des ménages, et de proposer une approche collective de la transition, au-delà des modèles de l’homo economicus ou des « changements de comportement ».