Occupation temporaire des cellules vides : ramener de la vitalité au sein des territoires
Résumé
L’évolution des centres urbains et la mutation profonde de leurs dynamiques commerciales étaient au cœur de la réflexion menée par nos trois intervenants, lors de cette conférence programmée au Fiacre à l’occasion du pop-up store LE BOCAL, organisé à l’initiative de Noshaq.
Pour ouvrir le débat, Bruno Bianchet, Directeur de Recherche à la Faculté des Sciences, Lepur (ULiège), a commencé par redéfinir la notion d’attractivité territoriale, expliquant qu'elle ne se limite plus à la simple capacité d'un lieu à attirer des capitaux ou des travailleurs, mais qu'elle est désormais intrinsèquement liée à la qualité de vie.
Selon lui, nous sommes entrés dans une période de « post-croissance » qui oblige à repenser l’urbanisme traditionnel, autrefois conçu uniquement dans une perspective d'expansion. Il souligne l'importance de la gouvernance territoriale et de la « ville du quart d’heure », où les espaces publics jouent un rôle majeur dans le sentiment positif ou négatif qu’inspire un lieu. Bruno Bianchet observe également une accélération des changements due aux crises successives, comme la crise sanitaire, qui a redistribué les cartes de l'attractivité au profit des petites villes, perçues comme plus « vertueuses » que les grandes métropoles. Sur le plan commercial, il dresse un constat frappant : si le nombre de magasins diminue structurellement depuis les années 1960 (Liège étant passée de plus de 6 000 commerces à environ 4 300 ), les mètres carrés commerciaux ont paradoxalement augmenté, mais de façon délocalisée en périphérie. Cette dynamique a engendré un taux de vacance commerciale alarmant, dépassant souvent les 20 % dans les centres-villes. Face à ce déclin des structures traditionnelles, accentué par l’essor de l’e-commerce qui touche particulièrement le secteur de l’habillement, il préconise un « urbanisme tactique » et une mutabilité des espaces. Les occupations temporaires apparaissent alors comme une solution essentielle pour préserver la valeur des biens, éviter leur dégradation et tester de nouveaux modèles économiques comme les « maternités commerciales ».
Dans la continuité de cette analyse, Valérie Saretto, Secrétaire Générale à l'UCM Province de Liège et Administratrice chez Noshaq, a insisté sur le fait qu'une cellule commerciale vide ne doit pas être vue comme un simple problème immobilier, mais comme le syndrome d'un territoire dont les usages ont changé. Pour elle, l'enjeu n'est pas tant de « remplir des cellules » que de « remplir les centres-villes de vie » en redonnant aux gens l'envie d'y vivre, d'y étudier et de s'y rencontrer. Elle confirme les difficultés du secteur, précisant que 25 % des commerçants peinent à obtenir des crédits bancaires en raison d'une rentabilité moindre. Elle a rappellé que le commerce est en mutation depuis un siècle et que le consommateur actuel cherche désormais une expérience, un service et du sens plutôt qu'un simple produit disponible sur son smartphone. Elle plaide pour une vision hybride du centre-ville où le commerce traditionnel cohabite avec des ateliers, des lieux culturels, des espaces de coworking ou des services de santé de proximité.
Elle a identifié plusieurs leviers d'action, dont la transformation des cellules vides en espaces d'expérimentation et la nécessité de réconcilier propriétaires et porteurs de projets en rendant les données immobilières plus transparentes. Elle exhorte également le monde politique à adapter les règlements plus rapidement que l'évolution des usages, afin de faciliter les projets éphémères et hybrides. En plaçant l'entrepreneur au cœur de la revitalisation, elle souligne l'importance de soutenir ceux qui osent encore créer de la valeur et du lien social,
car la disparition d'un commerce est avant tout l'extinction d'un morceau de vie collective dans une rue.
Enfin, Romina Pace, Responsable District Cathédrale Nord chez Noshaq, a illustré ces concepts par des actions concrètes menées à Liège au sein du district « Cathédrale Nord » (CAN). Elle a présenté Noshaq comme un investisseur public engagé dans une politique immobilière stratégique visant à consolider la dynamique urbaine à travers des tiers-lieux et des infrastructures structurantes. Le CAN district est conçu comme un laboratoire urbain vivant et un moteur d'innovation destiné à réconcilier l'image de Liège avec sa réalité créative et entrepreneuriale.
Romina Pace a détaillé plusieurs projets emblématiques, tels que la Grand Poste, qui sert de « totem » et d'incubateur, ou encore le Relais Grand Poste et le bâtiment Le Fiacre, dans lequel nous étions aujourd’hui. Ces lieux favorisent la mixité des fonctions en accueillant des entreprises comme Orange, des services universitaires, des studios de radio, mais aussi des logements et des commerces au rez-de-chaussée. Elle a expliqué que l'objectif est de réinventer le travail en créant des ponts physiques et intellectuels entre les usagers, tout en célébrant la créativité liégeoise. Pour lutter contre la vacance commerciale, Noshaq a mis en place diverses stratégies d'occupation temporaire, comme l'accueil de résidences d'artistes avec le Créahm ou des expositions d’artistes qui sécurisent et animent les rues. « Le Bocal » est un exemple phare de cette démarche. Il s’agit d’une boutique éphémère située rue Chapelle-des-Clercs qui permet à de jeunes entrepreneurs de tester leur projet en conditions réelles.
Pour Romina Pace, le CAN district n'est pas seulement une réhabilitation immobilière, mais un manifeste vivant démontrant qu'une ville qui mise sur son potentiel créatif est une ville qui reste vivante et attractive.
En somme, ces trois interventions convergent vers une vision commune : le centre-ville de demain ne sera plus un simple pôle de consommation de masse, mais un écosystème complexe et résilient où la flexibilité, l'expérimentation et la qualité des relations humaines prévaudront sur la simple rentabilité au mètre carré. La transition vers cette ville hybride nécessite une collaboration étroite entre les acteurs académiques, économiques et politiques pour transformer les espaces vacants en vecteurs de renouveau social et urbain.
Ce compte-rendu a été rédigé avec l’aide de l’IA.
Annonce
De nouvelles initiatives émergent pour redonner vie aux quartiers dans un contexte où de nombreux centres urbains font face, notamment, à la vacance commerciale.
À l’occasion du pop-up store LE BOCAL organisé à l’initiative de Noshaq, en collaboration avec le VentureLab, EKLO et Start it @CBC, cette rencontre-conférence explorera l’impact des projets qui favorisent l’utilisation temporaire de certains espaces vacants pour en faire des lieux d’expérimentation et de création, en attendant qu’un projet pérenne y soit réalisé.
Entre œuvres artistiques, boutiques éphémères, initiatives entrepreneuriales et activités transitoires, ces espaces deviennent des catalyseurs de dynamisme local. Quels effets concrets sur l’attractivité, le cadre de vie, le lien social et l’économie de proximité ? Peut-on réellement transformer un espace vide en opportunité durable ?
Cette rencontre sera également l’occasion d’interroger le rôle de la créativité, au sens large, dans la revitalisation urbaine. Un moment d’échanges pour imaginer ensemble de nouvelles façons d’habiter et d’animer la ville, en repensant le potentiel caché des espaces vacants.
LE BOCAL, boutique éphémère collective, ouvrira du 27 mai au 13 juin rue Chapelle des Clercs. Ce pop-up store permettra, aux projets sélectionnés, de vivre l’expérience d’un commerce en conditions réelles et développer des compétences commerciales.
Cette conférence est hébergée au Fiacre, dans le cadre de notre partenariat avec Noshaq.

Objectifs de Développement Durable
