Quelles valorisations pour les déchets organiques ?
Résumé
Sébastien Finet a entamé son propos en retraçant son parcours d'entrepreneur engagé depuis treize ans dans la gestion globale des déchets. En 2013, interpellé par la recherche de solutions de traitement sur site des restes alimentaires pour les cantines d'entreprises, il a constaté qu'à cette époque le tri des PMC n'était pas encore généralisé et que la séparation des biodéchets se heurtait à une vive incrédulité. Pour accompagner les organisations et faire émerger de nouvelles filières, il a fondé la société Zero Waste Consult. Il a rappelé que les déchets alimentaires, perçus à tort comme une simple nuisance, constituaient en réalité des gisements riches en eau, énergie et nutriments. En Wallonie, le gisement annuel s'élevait à environ 680 000 tonnes, alors que la réglementation imposait, dès 2020, de valoriser au moins 50 % des poubelles tout-venant des entreprises.
Face à l'absence de cadre réglementaire spécifique, il a conçu en 2018 une technologie propre adaptée aux normes européennes. En 2020, le gel des investissements lié au Covid-19 l'a conduit à faire évoluer son modèle vers une offre de service. Sa solution repose sur une unité préindustrielle compacte capable de traiter 200 kg de déchets bruts par jour. Grâce à un brassage mécanique, à une montée en température hygiénisante et à l'action de micro-bactéries, 100 kg de biodéchets ont été transformés en 24 heures en 10 kg de poudre sèche, microbiologiquement stable et sans odeur. Face à la dépendance de l'Europe envers les importations de soja et de protéines d'élevage, son projet a proposé d'installer ces machines à proximité des zones fermières pour transformer les déchets alimentaires en un substrat standardisé servant à nourrir des larves d'insectes destinées à l'élevage local.
Ensuite, Laura Fagnant a présenté Valbiom, le centre de référence wallon pour la bioéconomie non alimentaire, qui agit comme facilitateur entre le monde agricole, l'industrie, les chercheurs et les décideurs politiques. Elle a précisé qu'il n'existait aucune solution universelle pour traiter les déchets organiques et que chaque filière devait être pensée selon la composition, le volume, la régularité et le territoire. Selon Valbiom, l'enjeu économique central n'a pas été de détruire le déchet, mais d'extraire une valeur marchande suffisante pour couvrir les coûts de collecte et de transformation.
Dans le cadre du projet Interreg Valorant, Valbiom a étudié la valorisation des résidus horticoles (pommes, fraises, vignes, carottes) selon le principe de la cascade de valorisation. Au sommet figure l'extraction de molécules bioactives, illustrée par la société SEPPIC avec le Seppic R, un extrait de feuilles de fraisier pour la mémoire des seniors, échappant à la réglementation des Novel Food. Cette filière exige toutefois une récolte sans pesticides avant fructification et un séchage immédiat sous 10 % d'humidité. Maison d'Eole a également illustré cette démarche en valorisant les coproduits viticoles pour sa gamme cosmétique. Pour les volumes massifs à plus faible valeur, la biométhanisation a permis de transformer effluents et coproduits agricoles en biogaz et en digestat, restituant au sol le carbone et les éléments fertilisants (azote, phosphore, potassium). Laura Fagnant a résumé ces arbitrages par une matrice Volume/Valeur guidant le choix des filières.
Rudy Caparros, professeur d'entomologie à Gembloux Agro-Bio Tech (ULiège), a apporté un éclairage sur la bioconversion des déchets par les insectes. Après l'échec commercial de l'alimentation humaine directe en 2014, la recherche s'est réorientée vers l'alimentation animale via la mouche soldat noire (Hermetia illucens). Cet insecte offre des atouts exceptionnels : un cycle d'un mois, un adulte ne se nourrissant pas et sans risque sanitaire, et un rendement où 1 gramme d'œufs produit 4 kg de larves en quinze jours.
Soulignant la complémentarité avec la technologie de Zero Waste Consult, Rudy Caparros a expliqué que le séchage préalable des déchets garantit un substrat homogène, indispensable pour récolter les larves blanches prisées par l'industrie. La biomasse larvaire est ensuite fractionnée en lipides (30 à 40 %, valorisables en cosmétique) et en une farine dégraissée (60 à 65 % de protéines) remplaçant le soja ou les farines de poisson. Le projet ASTIPPOR sur 72 porcelets bio a confirmé qu'une substitution de 15 à 25 % de protéines n'altérait pas la croissance. Il a préconisé des unités de grossissement en ferme avec une reproduction centralisée, tout en rappelant les verrous actuels : un coût de 4 000 €/tonne (contre 500 € pour le soja), l'interdiction européenne des déchets de restauration contenant de la viande et la réglementation stricte du frass.
En conclusion, la valorisation des déchets organiques en Wallonie s'est affirmée comme un levier stratégique pour la transition écologique et l'autonomie régionale. La convergence des trois interventions a démontré qu'aucune technologie isolée ne pouvait répondre à la diversité des gisements : la réussite a reposé sur l'articulation intelligente entre le prétraitement décentralisé sur site, la valorisation en cascade des résidus horticoles et la bioconversion larvaire pour l'alimentation animale. Pour transformer ces innovations en filières industrielles viables, la levée des contraintes réglementaires européennes et la réduction des coûts de production ont constitué les enjeux décisifs de cette rencontre.
Ce compte-rendu a été rédigé avec l’aide de l’IA.
Annonce
Aujourd’hui, en Wallonie, il existe plusieurs voies de valorisation des déchets organiques telles que le compostage et la biométhanisation.
Cependant, la valorisation du déchet organique n’a pas encore montré tout son potentiel et implique de se pencher sur plusieurs questions. Comment faire d’un déchet organique une ressource ? Quelles sont les principales contraintes et opportunités liées à cette valorisation ? Quelle chaîne de valeur peut être développée en Wallonie à partir de ressources et initiatives déjà existantes ?
Lors de cette rencontre-conférence, trois acteurs tenteront de répondre à ces questions à partir de différents projets d’ores et déjà mis en œuvre, dont celui de la valorisation des déchets végétaux produits par un restaurant.
Objectifs de Développement Durable
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