Orateur(s)
Aurore Degré Professeure Ordinaire (Gembloux Agro-Bio Tech, TERRA Research Centre, ULiège)
Christophe Nothomb Co-Fondateur (Hydrologie Régénérative)

Vers une hydrologie régénérative ?

    Résumé

    Lors de cette rencontre, Aurore Degré, Professeure Ordinaire à Gembloux Agro-Bio Tech (ULiège), et Christophe Nothomb, co-fondateur de l’association Hydrologie Régénérative, ont exposé les enjeux cruciaux liés à la restauration des cycles de l'eau.

    Aurore Degré a débuté en rappelant que l’hydrologie englobe tous les flux et réservoirs d'eau de la planète, mais a souligné que la vision traditionnelle du cycle est souvent trop simpliste car elle omet l'impact humain. Elle a particulièrement insisté sur la distinction entre l'eau bleue, celle des rivières et des océans, et l'eau verte, stockée dans les sols et la végétation. Ce concept est au cœur de l'hydrologie régénérative : même en Belgique, environ 40% des précipitations proviennent de l'évapotranspiration des terres émergées, créant des « rivières volantes » qui transportent l'humidité d'un territoire à l'autre. Ainsi, la gestion responsable d'un terrain en Sibérie peut influencer la pluie en Chine, faisant de la gestion de l'eau un véritable enjeu de bien commun.

    Cependant, le constat actuel dressé par Aurore Degré est alarmant : les activités humaines ont systématiquement cherché à accélérer le transfert de l'eau vers les exutoires via le drainage ou l'assèchement des zones humides. Cette accélération, couplée au changement climatique qui augmente la demande évaporatoire et l'intensité des précipitations, déstabilise le cycle hydrologique. Les modélisations réalisées pour la Wallonie indiquent que le ruissellement augmentera partout avec la hausse des températures, rendant les inondations plus fréquentes et les sécheresses plus intenses. Aurore Degré a cité des données de la NASA montrant une perte de masse d'eau sur tous les continents, affirmant que depuis 2015, l'assèchement des terres contribue davantage à l'élévation du niveau des mers que la fonte des glaciers. Les conséquences sont multiples : drames humains comme lors des inondations de 2021, érosion massive des sols menaçant notre système alimentaire, perte de biodiversité et même augmentation de l'agressivité humaine liée à la simplification des paysages.

    Face à ce sombre tableau, Aurore Degré a proposé de passer d'une logique de simple adaptation, comme l'irrigation qui peut s'avérer contre-productive en épuisant les ressources, à une logique de régénération structurante. Elle s'appuie sur l'échelle de la permanence de P.A. Yeomans pour promouvoir des solutions qui favorisent l'infiltration, le stockage dans le paysage et la diversification des environnements. Ses recherches à Gembloux visent ainsi à améliorer la qualité des sols pour qu'ils infiltrent mieux l'eau et stockent davantage de carbone.

    Prenant le relais, Christophe Nothomb a définit l'hydrologie régénérative comme la science de la régénération des cycles de l'eau douce par l'aménagement du territoire. Pour lui, le changement de paradigme est profond : il s'agit de ne plus chercher à tout contrôler par l'ingénierie lourde, mais de travailler avec le vivant et de lui redonner sa capacité d'action. Il a présenté les piliers de cette approche à travers l'acronyme « RRISE » : Ralentir, Répartir, Infiltrer, Stocker, Évapo-transpirer, auxquels il ajoute le principe de Diversifier. Cette méthode repose sur un triptyque fondamental : l'eau, le sol et l'arbre. Christophe Nothomb a expliqué que si les aménagements physiques ont un effet immédiat, c'est la végétation et l'arbre qui, à long terme, assurent la gestion verticale de l'eau et la résilience du système.

    L'application pratique de ces principes passe par la création de paysages plus organiques. Il a illustré son propos par des exemples concrets tels que les bandes enherbées stratégiques pour stopper la concentration des eaux, les baissières (fossés sur courbe de niveau) qui favorisent le foisonnement de la végétation, ou encore le fissurage des sols pour y ramener l'eau et l'oxygène. Ces techniques, bien que demandant une adaptation de la mécanisation agricole, permettent de gagner en productivité et en robustesse face aux aléas climatiques.

    Christophe Nothomb a également évoqué l'importance de réfléchir à l'échelle du bassin versant, comme pour le schéma stratégique de la Vesdre, afin de coordonner les actions entre agriculteurs, communes et habitants.

    Le milieu urbain n'est pas en reste dans cette transition. Christophe Nothomb a partagé plusieurs pistes d’actions à différentes échelles. Il prône le passage de la « ville entonnoir » à la « ville éponge ». Aurore Degré a ensuite illustré cette approche par le jardin de pluie expérimental de Gembloux. Ces interventions, bien que mineures en apparence, créent des lieux plus vivants et résilients.

    Pour élargir la perspective, Christophe Nothomb a cité des exemples internationaux comme ceux de Michal Kravčík en Slovaquie, qui a stabilisé les flux hydriques par de petits barrages en bois, ou les projets massifs en Inde ayant ramené l'eau dans des villages asséchés grâce à des milliers de baissières. Il a également mentionné la restauration des rivières par des méthodes « low-tech », comme les ouvrages mimétiques du castor, qui permettent de ralentir les flux en dialoguant avec la force naturelle du cours d'eau.

    En conclusion, Aurore Degré et Christophe Nothomb affirment que si cette réorganisation des paysages peut sembler audacieuse, elle est nécessaire et a déjà eu des précédents, comme les remembrements agricoles d'après-guerre. Aujourd'hui, l'objectif ne doit plus être la seule productivité, mais la multifonctionnalité et la restauration des équilibres naturels. L'enjeu est aussi économique : l'inaction pourrait coûter 5 % du PIB d'ici 2030 selon certains rapports, alors que la transition vers une hydrologie régénérative est porteuse d'innovations et de nouveaux récits pour nos territoires. 

    Ce compte-rendu a été rédigé avec l’aide de l’IA.

    L'eau est au cœur du vivant. Elle nourrit le sol et les plantes, sculpte le paysage et régule le climat. Mais, en altérant les écosystèmes, nous avons bousculé le cycle naturel de l'eau douce, avec pour conséquence directe l'intensification des inondations et des sécheresses.

    Comment, dès lors, comprendre ce cycle dans toute sa complexité et envisager sa restauration ? Et surtout, comment accompagner la transition hydrologique déjà en cours pour construire des écosystèmes plus résilients et autonomes ?

    Cette conférence explorera des pistes concrètes pour repenser notre rapport à l’eau grâce aux solutions fondées sur la nature.

    Aurore Degré apportera un regard sur les mécanismes du cycle hydrologique et sur les leviers permettant de le rééquilibrer de manière durable. Christophe Nothomb présentera quant à lui des approches appliquées.

    Objectifs de Développement Durable