Orateur(s)
Philippe Defeyt, Economiste et ancien Président du CPAS de Namur, et Bruno Frère, Sociologue et Chercheur qualifié au FNRS

L'allocation universelle : une alternative désirable?

Résumé
Bruno Frère, chercheur qualifié FNRS débute son exposé en expliquant comment, d’un point de vue historique, l’allocation universelle a « titillé » différents penseurs. La thématique de l’allocation universelle est étroitement liée à l’histoire du capitalisme. Les droits qui naissent à l’époque, tels que le droit à la propriété, la liberté de choisir sa vie, etc. ne concernent que la bourgeoisie, et non pas le prolétariat. Ce qui conduit à l’avènement de grands mouvements sociaux à la fin du 19ème siècle, menant par la suite à l’organisation progressive de la société salariale. La structuration de l’État en Etat Providence vient alors troubler l’exploitation du prolétariat.

Dans les années 1990, a lieu une « désorganisation de la modernité », qui est incarnée dans l’arrivée de nombreux emplois précaires : la société salariale s’effrite. C’est alors l’appauvrissement du salariat. Une série d’auteurs militent dès lors en faveur de l’allocation universelle, qui laisse entrevoir une vie possible en dehors de la société salariale. Ces auteurs dénoncent le travail comme une condition absolue de réalisation de soi, comme un facteur de reconnaissance à la fois sociale et économique. L’allocation universelle, c’est permettre aux individus de sortir du travail.

Le chômage, dans notre société, est nécessaire : il est une variable d’ajustement pour la production. Or, dans le règne de l’État social actif actuel (qui remplace l’État Providence), les chômeurs doivent être désormais responsabilisés quant à leur statut. Pour clôturer son exposé, Bruno Frère questionne le concept de « travail » : parle-t-on bien de la même chose ? Le travail est-il seulement aliénant ? Pourquoi mépriser le travail en usine dans la littérature ? Par ailleurs, l’allocation universelle est un « à côté » du capitalisme (qu’on ne transforme pas !). S’agit-il dès lors d’une véritable « perspective radicale » ?

Philippe Defeyt nous expose quant à lui sa propre vision de l’allocation universelle. Celle-ci viendrait répondre à huit défis, qui se posent actuellement : la complexité des règles régissant la redistribution des revenus ; les contrôles sur la vie privée ; les pièges financiers ; l’absence de réponse forte et durable à la pauvreté ; un soutien suffisant à tous les porteurs de projets ; les difficultés liées aux périodes de transition ou encore les difficultés qui émergent de la cohabitation.

Il est d’avis de faire confiance aux gens, d’instaurer ce système d’allocation universelle (dont le financement pose par ailleurs fortement question, en témoignent les questions posées en ce sens par le public présent) en ne remplaçant pas les contrôleurs actuels par d’autres contrôleurs de l’utilité sociale d’activités situées « hors salariat ». Selon Philippe Defeyt, l’emploi n’est qu’une des formes du travail : il en existe d’autres. Sa vision de l’allocation universelle est ainsi une façon de répondre aux problèmes actuels de la sécurité sociale, de l’organisation actuelle de notre société salariale. Il s’agit d’un modèle d’émancipation, d’un nouveau pacte social qui concerne tout le monde, et pas que les plus précaires d’entre nous.

Il propose une allocation universelle à 600 euros, sans toucher aux soins de santé. Un tiers des bénéficiaires toucherait plus d’argent, un tiers serait statut quo, mais gagnerait en autonomie, et enfin, un tiers participerait plus à ce pot commun. Le débat entre P. Defeyt et Bruno Frère  a ensuite porté sur l’emploi, qui continue à structurer la société, et le capitalisme, qui n’est pas mis en question dans le modèle de Philippe. Par ailleurs, Bruno Frère se questionne également sur les modalités de financement d’un tel modèle. Le débat s’est clôturé sur une série de question : l’allocation universelle est-elle l’occasion pour les patrons (ou encore les propriétaires) de tirer profit (en diminuant les salaires, ou en augmentant les loyers) ? Qu’en est-il des pensions ? N’est-ce pas renoncer aux luttes passées ? Est-ce vraiment ce que l’on désire ? Bref, un débat qui n’aura laissé personne indifférent…

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L'allocation universelle : si elle ne date pas d'hier, cette idée semble aujourd'hui connaître une seconde jeunesse et fait l'objet de débats sérieux.
Si elle ne laisse personne indifférent, l'allocation universelle n'est pas sans ouvrir une série de questions... Une quelconque organisation collective (de forme "Etat" ?) doit-elle être le garant de la liberté individuelle ? Pourquoi une allocation universelle ? Quel est le montant de cette allocation ? Doit-on envisager cette allocation avec ou sans notre système de sécurité social actuel ? Est-ce envisageable politiquement et/ou budgétairement réaliste ? Dans l'affirmative, est-ce une alternative désirable ?

Autant de questions auxquelles nos orateurs apporteront leurs pistes de réponses et qui seront débattues à l’occasion de notre rencontre-conférence.

! La rencontre se déroulera à l'Espace Opéra ULg - Place de la République française (RDC Galerie Opéra, en face du Restaurant AMM ! Pasta) à 4000 Liège.