Mutualiser les talents : quels modèles pour renforcer la coopération entre organisations ?
Résumé
Notre conférence était consacrée à la question de la mutualisation des talents. Elle a permis de croiser les regards sur des modèles innovants de coopération entre organisations, visant à renforcer le tissu économique et social.
Frédéric Naedenoen, chargé de cours à HEC Liège et chercheur au LENTIC, a démarré la conférence en nous expliquant que la mutualisation peut s'appuyer sur divers outils juridiques, le principal étant le groupement d'employeurs (GE), bien que le principe général de partage de main-d'œuvre puisse parfois s'en écarter pour plus de souplesse. Il a souligné que de nombreuses structures ont besoin d'expertises régulières sans pouvoir offrir un temps plein, ce qui les rend peu attractives sur le marché du travail classique. Il a ainsi opposé le modèle du GE à des alternatives comme la consultance ou l'intérim, qui ont souvent été jugées trop coûteuses ou incapables de garantir le recours systématique au même travailleur.
Ensuite, il a mis en avant que le groupement d'employeurs était une illustration concrète du concept de « flexicurité ». Le dispositif sécurise la relation d'emploi tout en apportant de la flexibilité aux employeurs. Il a retracé l'évolution législative, notant que la loi de 2014 a été un tournant majeur en permettant l'engagement de tout type de profil, ce qui a provoqué un pic d'intérêt. Il a cité des chiffres éloquents : le nombre de groupements est passé de 25 en 2021 à 36 en 2024, avec 339 travailleurs partagés. Enfin, il a partagé des résultats de recherches indiquant que ces travailleurs présentent un taux d'absentéisme et un turnover bien plus faibles que ceux en cours dans les entreprises utilisatrices, car ils se sentent particulièrement valorisés et sécurisés par ce dispositif.
Wendy Fohn, Directrice de Basic+, a ensuite pris la parole pour partager l'expérience de sa structure, créée en 2013 sous l'égide d'Adesio Assurances. Elle a raconté comment cette initiative est née pour répondre aux appels à l'aide de petites ASBL et écoles qui ont été dépassées par leur gestion comptable. Elle a précisé que le groupement a commencé avec un seul comptable avant de se diversifier massivement pour intégrer des conseillers en prévention, des auditeurs énergétiques ou des experts en protection des données. La structure a grandi jusqu'à compter 44 travailleurs au service de plus de 600 membres à travers la Wallonie et Bruxelles.
Ensuite, elle a détaillé les trois modes de fonctionnement de Basic+ : les travailleurs intervenants selon les besoins en régie (ex : comptables), en forfait annuel (ex : DPO et responsables énergie) ou au pro rata de l’occupation du travailleur (ex : conseillers en prévention et « dédiés »). Elle a insisté sur le fait que le modèle vise l'autonomie du travailleur, lui offrant « la liberté d'un indépendant et la sécurité d'un salarié ». Elle a également mentionné que le groupement a permis aux membres d'éviter les lourdeurs des marchés publics pour le recrutement. Cependant, elle n'a pas occulté les défis techniques, notamment la nécessité d'atteindre une taille critique pour absorber les frais de gestion. Elle a aussi évoqué la limite légale de 50 travailleurs par GE, pour laquelle elle a introduit une demande de dérogation, ainsi que la responsabilité solidaire des membres vis-à-vis des dettes sociales, ce qui a nécessité la mise en place d'une gestion rigoureuse et d'une provision pour passif social.
Dans un registre complémentaire, Sandrine Barre, Administratrice déléguée de Terre Emploi, a relaté la création de son organisation en 2021, impulsée par les besoins du secteur agricole et des circuits courts. Elle a expliqué que de nombreux maraîchers ont été autrefois effrayés par la complexité administrative liée à l'engagement de personnel, préférant parfois freiner leur croissance plutôt que de s'y confronter. Elle a souligné qu'elle a fait appel à l'expertise de Frédéric Naedenoen et de Wendy Fohn pour rédiger les statuts et lancer la structure grâce à une subvention de l'économie sociale.
Elle a ensuite mis l'accent sur la dimension humaine, affirmant que Terre Emploi a réussi à instaurer une véritable culture de confiance, transformant le groupement en une « famille » où les membres ont partagé non seulement de la main-d'œuvre mais aussi leurs soucis quotidiens. Elle a fièrement annoncé que son groupement a affiché un taux de turnover nul depuis sa création, malgré la pénibilité des métiers de la terre. Elle a conclu en expliquant que cette réussite a mené à la création de « Partage Emploi », une structure d'appui destinée à aider les agriculteurs et les acteurs de l’économie sociale à créer et à gérer leurs propres groupements, particulièrement dans un secteur en crise où le travail a souvent été fragmenté et saisonnier. Elle a conclu en expliquant que face aux nombreux besoins de mutualisation et pour capitaliser sur l’expertise acquise, l’équipe a décidé de s’associer avec DIES Wallonie pour créer « Partage Emploi », une structure d'appui destinée à aider les agriculteurs et les acteurs de l’économie sociale à créer et à gérer leurs propres groupements, particulièrement dans un secteur en crise où le travail a souvent été fragmenté et saisonnier.
Enfin, Benoît Beuken, coordinateur de Partages Emploi, a apporté des précisions sur la gestion opérationnelle de ce modèle. Il a expliqué comment un groupement d’employeurs, dans le cas de Terre Emploi a réussi à pérenniser l'emploi en combinant des activités saisonnières, comme le maraîchage en été et l'horticulture en hiver, permettant ainsi de proposer des CDI stables. Il a réaffirmé que l'objectif n'a pas été lucratif, le groupement facturant les prestations au coût réel, tout en prenant en charge les jours de maladie pour offrir une visibilité budgétaire totale aux employeurs. Il a également abordé la difficulté technique liée au choix de la commission paritaire (CP), expliquant que le groupement a dû naviguer entre différentes CP pour trouver le meilleur équilibre entre un salaire attractif pour l'ouvrier et un coût abordable pour le producteur. Un nouveau groupement avec, à la clef, un nouvel ETP vient d’ailleurs d’être créé dans le domaine laitier et deux autres sont en cours de constitution dans le domaine e l’économie sociale.
Ce compte-rendu a été rédigé avec l’aide de l’IA.
Annonce
Dans un contexte où les organisations font face à des besoins de compétences de plus en plus variés et parfois difficiles à recruter, la mutualisation des ressources humaines ouvre des perspectives.
Pourquoi repenser nos façons de travailler ensemble ? Comment imaginer des dispositifs qui permettent à la fois de sécuriser l’emploi, de partager l’expertise et de soutenir les missions des structures ? Quels sont les avantages et les limites de ces modèles ?
Cette conférence propose d’explorer ces questions en mettant en lumière différents modèles de groupements d’employeur·euses et leurs logiques respectives, sur base d’exemples concrets, confrontés au regard de la recherche.
Cette conférence offrira un regard pluriel sur la manière de renforcer la coopération des ressources humaines au service de projets.