Plante invasive : comment gérer la présence de la renouée du Japon dans les projets de construction ?
Résumé
Arnaud Monty, Chargé de Cours à Gembloux Agro-Bio Tech, ULiège (en Biodiversité, Écosystème et Paysage) a commencé par présenter la renouée du Japon comme un organisme aux stratégies de survie exceptionnelles. Originaire du Japon, elle s'est adaptée à des milieux naturels très perturbés, tels que les zones volcaniques. Contrairement à d'autres espèces colonisatrices qui misent sur une reproduction par graines (annuelles), la renouée adopte une stratégie de persistance extrême : « j'y suis, j'y reste ». Cette résilience repose principalement sur son rhizome profond et résistant.
L'introduction en Europe remonte au XIXe siècle, via le médecin naturaliste Philipp Franz von Siebold, qui l'a commercialisée comme plante ornementale. En 1847, elle a même reçu une médaille d'or pour ses qualités horticoles. Cependant, sa capacité de reproduction végétative est hors pair : un fragment de tige ou de rhizome, même broyé, peut donner naissance à une nouvelle colonie clonale. Des analyses génétiques révèlent que la quasi-totalité des renouées en Europe sont des clones d'un seul et même individu femelle stérile ramené par Siebold, bien que des hybridations (comme la renouée de Bohème) complexifient désormais le tableau.
Sur le plan biologique, la renouée est une géophyte : les tiges aériennes ne sont que l'expression saisonnière de la plante, dont l'essentiel de la biomasse et de la survie se situe dans le sol. Enfin, le cadre législatif s'est durci : depuis juin 2024, elle est inscrite sur la liste de l'Union européenne, ce qui interdit strictement son transport, sa vente et sa culture, imposant aux États membres des plans de gestion rigoureux.
Simon Garzaniti, Attaché au Pôle Sol et Déchets à l’ISSeP, a ensuite souligné que la renouée n'est pas qu'un problème de biodiversité ; c'est un frein au développement socio-économique. Elle se propage principalement via trois gisements : les sites à réaménager (SAR), les infrastructures linéaires (routes, chemins de fer) et les berges de cours d'eau.
Dans le secteur de la construction, la présence de renouée peut annuler la valeur foncière d'un terrain ou rendre des projets immobiliers impensables en raison de sa densité impénétrable et de sa capacité à dégrader les infrastructures. Le premier objectif stratégique est de stopper la dissémination anthropique (mouvements de terres contaminées, fauchage inapproprié) avant d'envisager la remédiation.
Le diagnostic est l'étape cruciale : il faut cartographier les parties aériennes et prévoir une zone tampon de sécurité (souvent forfaitaire) pour les rhizomes souterrains. Plusieurs solutions techniques existent :
- L'encapsulation : emballer les terres contaminées dans des membranes géotextiles étanches sur le site même.
- Le concassage-bâchage : broyer les rhizomes pour créer des points d'entrée bactériens, puis stocker la terre sous bâche pendant environ 18 mois pour dévitaliser la plante par action microbienne.
- Le traitement thermique : utiliser la chaleur (parfois industrielle, comme celle des data centers) pour détruire les rhizomes.
L'anticipation permet de maîtriser les coûts, qui peuvent s'envoler à plus de 200 € la tonne si le problème est découvert en cours de chantier.
Marta Popova, gestionnaire de projets chez SPAQUE, a présenté l’état des lieux à la SPAQUE (inventaire dressé en 2024) ainsi que le programme de recherche en cours sur la problématique de la renouée du Japon. Suite aux visites réalisées de 60 sites, il ressort qu’une grande partie des anciens chantiers et des sites de la nouvelle programmation sont impactés par la renouée. SPAQUE a mis en place une application sur le Géoportail et grâce à l'utilisation d’une tablette, il est possible de cartographier en temps réel les massifs de renouée du Japon.
Le programme de recherche actuel vise à tester cinq techniques de traitement : le concassage-bâchage, le compactage par couches minces, le traitement thermique, le traitement biologique et l'électrocution. Par la suite, un arbre décisionnel sera développé aidant les gestionnaires à choisir la méthode la plus adaptée selon le contexte d'un site (topographie, type de sol). En parallèle, une étude portant sur la dispersion latérale et la profondeur des rhizomes est en cours. Les premiers résultats indiquent que ceux-ci se situent principalement dans les 30 à 50 premiers centimètres du sol, en particulier dans les remblais. Des investigations complémentaires, incluant d’autres types de sols, permettront de consolider ces observations et de mieux optimiser les volumes de terres à excaver.
Le dernier intervenant, Christophe Leclercq, Coordinateur de Projets chez SPI, a détaillé les applications concrètes réalisées par SPI sur des chantiers comme le Val Benoît ou les berges de la Vesdre. La procédure suit des étapes strictes : délimiter, déboiser, faucher et brûler les parties aériennes, terrasser par couches successives, cribler et concasser, et enfin confiner.
Deux méthodes de confinement final ont été présentées :
- L'encapsulation (Val Benoît) : utilisation d'une bâche EPDM double épaisseur. Après 18 mois, les terres ont pu être réutilisées sur site sans reprise de la plante. Coût : 40 €/m³.
- La stabilisation par génie végétal (berges) : Les terres traitées sont remises en talus, recouvertes de terre arable et ensemencées massivement avec des plantes indigènes rampantes sous un tapis de coco. L'objectif est de priver la renouée de lumière par une compétition végétale rapide. Coût : 20 €/m³.
La réussite dépend de la formation des équipes (notamment au nettoyage systématique des engins pour éviter la propagation) et d'un suivi post-traitement rigoureux pour arracher immédiatement toute repousse éventuelle.
En conclusion, la gestion de la renouée du Japon doit évoluer vers une stratégie de gestion intégrée. La plante n'est pas une fatalité si l'on combine diagnostic précoce, traçabilité des terres et adaptabilité des projets. Le passage à une réglementation européenne plus stricte offre désormais les leviers juridiques nécessaires pour imposer ces bonnes pratiques à l'ensemble des acteurs du territoire.
Ce compte-rendu a été rédigé avec l’aide de l’IA.
Annonce
La renouée du Japon pose de nombreux défis aux projets d'aménagement et de construction. Comment cette plante, introduite à des fins ornementales, est-elle devenue un problème majeur pour nos infrastructures et la réhabilitation de sites ?
En croisant les regards du terrain et de la recherche, cette conférence propose d'explorer la problématique de la renouée du Japon en abordant tant ses spécificités botaniques que les problèmes qu'elle engendre et les solutions existantes.
Ce sera aussi l'occasion, à travers plusieurs études de cas, d'évoquer les solutions de gestion et de contrôle de la propagation de la renouée du Japon à privilégier, pour éviter des surcoûts importants.
Objectifs de Développement Durable
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