Relocaliser notre alimentation : vers des systèmes alimentaires « du milieu » en Wallonie
Résumé
A l’occasion de cette conférence consacrée aux Systèmes Alimentaires du Milieu (SyAM) et organisée en collaboration avec l’IIS Wasabi 2.0, dans le cadre du Festival Nourrir Liège, nous avons réuni un panel d’intervenant·es composé de Carole Chazoule, Enseignante-Chercheuse et Directrice Adjointe du Laboratoire d’Études Rurales, ISARA Lyon, Xavier Anciaux, Coordinateur de la Ceinture Alimentaire de Charleroi Métropole, Logan Penvern, Chercheur Post-Doctorant à la Faculté des Sciences, SPHERES, ULiège et Pascal Hennen, Directeur de Terra Alter.
Camille Herben, Coordinatrice de l'initiative d'innovation stratégique Wasabi 2.0 (Gembloux Agro-Bio Tech, ULiège), a introduit la rencontre en présentant l’IIS Wasabi 2.0, un réseau visant à soutenir les filières wallonnes de fruits, légumes et petits élevages par la recherche et l'innovation. Ce réseau intervient sur toute la chaîne de valeur pour soutenir des acteurs à taille humaine dans un cadre de production locale et de distribution en circuits courts.
L'enjeu majeur identifié est d'augmenter l'auto-approvisionnement alimentaire en Wallonie, avec l'objectif de passer de 18 % à 30 % pour les fruits et légumes d'ici 2030. Actuellement, la grande et moyenne distribution (GMS) ne propose que 10 % de produits locaux, un chiffre que les acteurs souhaitent doubler, tout en visant un approvisionnement de 25 % pour les cuisines de collectivité. Dans ce contexte, les pôles circuits courts de Charleroi et Liège apparaissent comme des leviers indispensables, mais pour atteindre ces ambitions, il apparaît nécessaire de les structurer et de poser un cadre basé sur la transparence et l'éthique, d'où l'intérêt pour le modèle des SyAM.
Ce concept, né en France dans les années 2010, visait initialement à répondre aux besoins de la restauration collective en créant des acteurs intermédiaires capables de structurer des filières territoriales plus longues que la simple vente directe, notamment pour la restauration collective. Ce modèle s'inspire des « values-based food supply chains » américaines et cible l'« agriculture du milieu », composée de fermes trop grandes pour les circuits courts classiques mais trop petites pour le circuit long industriel.
Un SyAM n'est pas un label ou une certification statique, mais se définit comme un processus dynamique et collectif. C'est un assemblage hybride d'acteurs - producteurs, transformateurs, distributeurs et pouvoirs publics - qui s'unissent autour d'un projet commun visant des performances durables sur les plans environnemental, social et économique. Ce modèle repose sur une gouvernance participative où les partenaires définissent ensemble les « règles du jeu », notamment en ce qui concerne le partage de la valeur et les conditions commerciales, plutôt que de subir les normes imposées par un acteur dominant. Ce système exige un apprentissage continu et des ajustements réguliers face aux obstacles logistiques ou aux aléas du marché. L'échelle territoriale d'un tel système n'est pas fixée de manière rigide par des frontières administratives, mais se construit en fonction du projet et de la nature des produits ; par exemple, la logistique du légume, très riche en eau, impose une échelle plus courte que celle des céréales.
Sur le terrain, la mise en œuvre de ces systèmes rencontre des défis pragmatiques, notamment en ce qui concerne le dimensionnement des outils de transformation et de stockage. Des infrastructures massives, parfois créées suite à des financements d'urgence post-crise, risquent d'être surdimensionnées par rapport aux besoins réels des producteurs locaux, forçant ces outils à chercher des volumes importants auprès de la GMS pour assurer leur rentabilité économique. Il existe une tension réelle entre la volonté de rester ancré dans l'économie sociale, basée sur l'esprit coopératif et l'autogestion, et la nécessité de collaborer avec le système de distribution conventionnel qui a historiquement affaibli les filières locales. Les acteurs du milieu doivent donc endosser de multiples rôles, de la production à la commercialisation, ce qui crée une surcharge et une vulnérabilité pour les petites et moyennes entreprises du secteur.
Le secteur de la restauration collective illustre parfaitement les obstacles structurels à la relocalisation. Il existe un décalage majeur entre les réalités nationales, la France ayant une culture de cantine très ancrée (80 % des enfants) contrairement à la Belgique où prédomine la « boîte à tartines » (10 % seulement mangent à la cantine). Malgré les investissements publics dans des hubs logistiques, les marchés publics restent souvent inaccessibles aux structures locales en raison de critères d'attribution privilégiant systématiquement le prix le plus bas et de l'opacité des procédures pour les marchés de petite taille. Il est souligné que sans une évolution des critères de durabilité dans la commande publique et une formation accrue des élus aux réalités des filières, le levier de la restauration collective restera limité.
L'intégration de la grande distribution dans le modèle SyAM est perçue comme nécessaire pour garantir l'accessibilité des produits sains aux populations les plus vulnérables. Pour ne pas perdre l'essence du projet, cette collaboration doit se faire selon des critères stricts et une transparence totale. Des exemples réussis (marque « Is here », marque « C'est qui le patron ? ») montrent qu'il est possible de créer des marques territoriales garantissant une juste rémunération aux producteurs (ceux-ci fixant eux-mêmes le prix jugé acceptable) tout en répondant aux exigences de l'agroécologie. La mobilisation du consommateur est ici un levier crucial. Des initiatives basées sur la consultation des citoyens pour définir le prix juste et la qualité des produits rencontrent un succès croissant, prouvant qu'une communication transparente sur la répartition des marges peut transformer l'acte d'achat en un soutien direct à l'agriculture locale.
En définitive, le développement des SyAM en Wallonie nécessite une articulation fine entre les infrastructures physiques (légumeries, abattoirs, hubs) et une animation territoriale forte, portée par des structures comme les ceintures alimentaires. Ces dernières jouent le rôle d’intermédiaires, préparant le terrain pour que les acteurs économiques puissent conclure les transactions commerciales. La transition alimentaire ne pourra se faire sans un décloisonnement des acteurs et une remise en question des modèles de distribution classiques, afin de réinfiltrer le système alimentaire par des valeurs de coopération, de proximité relationnelle et de résilience territoriale. Les arènes de dialogue, où les visions divergentes peuvent s'exprimer, sont essentielles pour lever les verrouillages sociotechniques et construire des solutions durables pour l'avenir de la filière.
Ce compte-rendu a été rédigé avec l’aide de l’IA.
Annonce
Aujourd’hui, seuls 18% des fruits et légumes consommés en Wallonie sont produits localement. Alors que l’objectif est d’atteindre 30% d’autoproduction d’ici 2030, les circuits courts seuls ne suffiront pas, tandis que le système agro-industriel peine à se transformer.
Entre ces deux modèles émergent des formes hybrides appelées systèmes alimentaires du milieu (SyAM).
Leur ambition ? Combiner durabilité, juste prix et valeurs éthiques avec efficacité logistique et volumes suffisants, grâce à des modes de gouvernance transparents et collaboratifs.
Lors de cette rencontre-conférence, Carole Chazoule, spécialiste française du sujet, présentera ce modèle et échangera avec des acteurs wallons engagés dans ces démarches. Nous aborderons notamment :
- l’échelle territoriale pertinente pour ces systèmes
- la diversité des acteurs à mobiliser
- le rôle du porteur d’initiative (avec les exemples de Terra Alter et de la Ceinture Alimentaire de Charleroi Métropole) ;
- les enjeux de gouvernance et de récit autour de l’alimentation locale.
Une rencontre pour comprendre comment relocaliser notre alimentation à plus grande échelle et découvrir les initiatives qui façonnent déjà cette transition en Wallonie.

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