Orateur(s)
Jean-Philippe Possoz Architecte, Chef de Travaux HE (Faculté d'Architecture, ULiège)
Bruno Busch Administrateur, Responsable Cellule Technique Spéciale/Energie (Bureau d'Etudes Greisch)

Rénovation énergétique : l’évolution des enjeux et pratiques

Résumé

Cette rencontre-conférence s’inscrivait dans la continuité d’un précédent rendez-vous consacré, déjà, à la rénovation énergétique « La rénovation énergétique du bâti : aussi une question sociale » qui avait mis en présence Guirec Ruellan (ULiège) et Thierry Laureys (Coopérative Corénove) et mis en lumière, notamment, la nécessité de passer d’une approche technico-économique à une logique d’usage centrée sur l’occupant.

Il semblerait que la place et le rôle de l’usager, au cœur des projets de rénovation énergétique, soit le fil rouge des différentes interventions autour de cette problématique.
Aujourd’hui, en tout cas, nos deux orateurs ont élargi encore le propos en pointant les évolutions et enjeux constatés en matière de rénovation énergétique.
 
[3:24] Après une mise en contexte générale du problème, Jean-Philippe Possoz, Architecte et Chef de Travaux à la Faculté d'Architecture de l’ULiège, nous a invités à changer de regard pour quitter une logique axée exclusivement sur l’efficacité et glisser vers une approche sociotechnique. Au lieu de penser que ce sont les bâtiments qui consomment de l’énergie, que se passerait-il si l’on considérait que ce sont les habitants qui génèrent cette consommation ? [12:47] Telle est la question que nous a posée Jean-Philippe Possoz pour nous amener à réfléchir en terme de sobriété versus efficacité.
Du côté de l’efficacité, l’idée est de mettre toute notre énergie à produire des objets techniques qui ne consomment pas ou peu. C’est travailler sur les moyens et se préoccuper des besoins.
Du côté de la sobriété, l’idée est de mettre toute notre énergie à accompagner des situations de vie vers des pratiques qui consomment moins. C’est travailler sur les besoins en y adaptant la question des moyens.

Jean-Philippe Possoz a ensuite soulevé la dimension systémique du problème et plaidé pour de nouvelles aptitudes à développer dans la formation des architectes, pour développer les compétences attendues en matière d’énergie. Ceci permettrait de repenser la discipline et ses effets.
Il a insisté sur la notion de « confort », primordial à la réussite d’une rénovation énergétique. Ce concept a évolué avec la société et une approche historique et sociologique est nécessaire pour étudier nos comportements actuels en matière de consommation d’énergie ainsi que notre rapport à la chaleur et à la fraîcheur, notamment.

[20:39] En plus d’une connaissance complexe du bâtiment et de son environnement, se baser sur les pratiques des habitants permet d’effectuer des choix techniques adéquats et de réduire drastiquement la consommation d’énergie. Impliquer les usagers dès la conception du projet et repenser notre approche du confort sont donc deux facteurs clés pour la rénovation énergétique de demain.

[36:33] Bruno Busch, Responsable de la Cellule Technique Spéciale/Energie au Bureau d'Etudes Greisch a ensuite partagé son approche, en tant qu’ingénieur. Après un bref rappel du contexte au niveau de la rénovation et de ses enjeux, l’évolution des immeubles de bureaux au cours du siècle dernier a été abordée, la tendance aujourd’hui étant vers une réflexion « low tech ».

Le rôle important joué par l’enveloppe du bâtiment tant pour son environnement que pour ses occupants a été expliqué.
Bruno Busch a, lui aussi, appuyé l’importance de la notion de confort en évoquant les 7 paramètres qui le déterminent ainsi que les paramètres psychologiques.

[48:21] Bruno Busch a ensuite illustré ses propos au travers de différentes réalisations sur le terrain : Musée de la Boverie (Liège), bâtiment du SPW DGO4 (Namur), bureaux occupés par la Commission européenne (Bruxelles).

[53:08] Au cours de son exposé s’appuyant sur une vision globale de la rénovation énergétique et des techniques performantes qu’il a évoquées, Bruno Busch a illustré comment il était attendu que de tels projets améliorent la prédiction des consommations énergétiques.
Il a évoqué l’évolution des outils, des matériaux, des certifications et des approches.

[1:02:17] Enfin, Bruno Busch a rappelé toute l’importance du monitoring énergétique et du commissioning. L’outil de collecte, d’analyse et de valorisation des données développé par le bureau Greisch a été présenté.

C’est avec le contrat de performance énergétique comme exemple de projet associant conception et suivi que Bruno Busch a terminé son exposé.

Retrouvez ci-dessous le replay et les slides de la rencontre :

L’objectif poursuivi au travers de la rénovation énergétique du bâti, tant public que privé, est la réduction drastique et rapide des émissions de gaz à effet de serre afin de répondre aux graves problèmes posés par le changement climatique.

Or, pour que tout projet de rénovation énergétique soit une réussite, il est impératif d’adopter une vision globale du bâtiment et de la commande, capable de rendre compte de l’entièreté de ses caractéristiques de manière intégrée, et de s’intéresser aux réductions effectives d’émissions engendrées par une telle opération. L’usage de matériaux à faibles impacts, l’utilisation de techniques performantes, l’application de standards énergétiques et environnementaux... sont une priorité, mais doivent se faire d’une manière réfléchie et réaliste, dans le respect des objectifs poursuivis et des contraintes patrimoniales du projet. De même, une approche complète et cohérente intégrant bien-être et comportements doit être mise en place dès l’entame du projet pour garantir la satisfaction et l’adhésion au projet par les occupants du bâtiment.

Faute de quoi, toute la réflexion menée et les choix opérés peuvent ne pas suffire à garantir les niveaux de performances et de consommations annoncés dans les bilans énergétiques. En effet, les exemples de projets de rénovation énergétique qui n’atteignent finalement pas la baisse du niveau de consommations escomptée sont hélas nombreux…

Le constat est clair, une conception axée sur la seule «  performance » du bâtiment ne peut suffire. La piste d’une approche plus sociotechnique, regroupant tous les acteurs du projet, tant en amont de la phase de conception qu’en aval du chantier, offre de meilleures garanties de réussite. Elle se traduit par des nouvelles pratiques, tant pour l’architecte que pour l’ingénieur, à l’instar des pratiques de « conception énergétique » visant la sobriété plutôt que la performance, ou celles de « commissioning » qui suivent les premières années de fonctionnement du bâtiment, afin de garantir bien plus qu’une simple «performance sur papier».

Le lien pour accéder à la conférence vous sera communiqué quelques jours avant l'événement.