Orateur(s)
Philippe Bertin CHRO (Prayon)
Fabienne Kéfer Professeur ordinaire à la Faculté de Droit, de Science politique et de Criminologie (ULiège)

Hyperconnectivité : vers un droit à la déconnexion ?

LIEGE CREATIVE in Plug-R
Résumé

Le confinement a modifié le rapport de l’individu au travail. Hyperconnexion, télé-disponibilité, addiction numérique... la généralisation du télétravail et ses conséquences peuvent être une opportunité pour certains et une véritable souffrance pour d’autres. En effet, le travail à domicile a des avantages, mais suscite un problème tridimensionnel : l’équilibre entre vie privée et vie professionnelle est mis à rude épreuve, la qualité de repos du travailleur est impactée, ainsi que sa santé physique et psychique.

Heureusement, plusieurs solutions existent pour lutter contre ce phénomène d'hyperconnexion. Cette rencontre-conférence a été l’occasion de partager des pistes, idées, solutions… pour aborder au mieux ce phénomène afin que chacun puisse garder un équilibre entre vie privée et vie professionnelle et gagner en qualité de vie

Fabienne Kéfer, professeur à la Faculté de Droit, de Science politique et de Criminologie à l’Université de Liège, a démarré la rencontre en abordant le cadre légal entourant le droit à la déconnexion. Ses recherches visant notamment l'impact que produit l'évolution des modèles d'organisation des entreprises sur les règles du droit du travail, elle nous a présenté des outils relevant de la responsabilité juridique tant de l'employeur que du travailleur lui-même. Notons tout d’abord que ce droit se pose après les heures de travail, mais aussi pendant les heures de travail. Pour se protéger, une grande partie de la population a à sa disposition la réglementation fixant la durée du travail (nécessité de 11h de repos consécutives, notamment). L’effectivité de ce droit s’est néanmoins effilochée ces dernières années, car il est difficile à appliquer dans le monde moderne. Aussi, le personnel dirigeant n’est pas visé par la loi, or il est plus exposé aux problèmes de l’hyperconnexion.

Certains pays, dont la France, ont proclamé un "droit à la déconnexion". Le législateur belge, lui, n'a pas voulu proclamer un tel droit mais invite l’employeur, dans la loi du 26 mars 2018, à organiser une concertation sur le sujet et créer des « accords » dont la forme est libre. Cette loi, qui ne concerne pas toutes les entreprises, ne s’avère pas très utile ni efficace, car il n’y a aucun dispositif contraignant pour en assurer l’effectivité, juste des recommandations basiques de GRH. Citons également d’autres dispositions légales intéressantes comme la loi sur le bien-être du 4 aout 1996 et la piste supplémentaire qui serait de mettre en œuvre une politique de prévention des dysfonctionnements liés au numérique.

Philippe Bertin, Directeur des Ressources Humaines chez Prayon, a ensuite partagé des pistes concrètes de réflexions et d'actions mises en place au sein de son entreprise. La révolution numérique étant là et le retour en arrière impossible, la question se pose de savoir comment bien vivre cette révolution. C’est dans cette optique que Prayon a mis en place une série d’initiatives, en interne, dont une grande enquête, conçue avec l’aide du Lentic (ULiège). L’intérêt d’allier un travail de terrain, dans une démarche bottom-up, à un accompagnement académique est important sur cette matière, car on crée des choses, vu qu’il y a peu/pas de précédent dans le domaine. Sur le terrain, grâce à l’enquête, Prayon a identifié 4 axes majeurs :
• Le mode hybride : tout le monde ne fonctionne pas avec le même régime, ce qui crée une fracture par la nature du travail ;
• Les relations managériales : on perd le sens entre le travailleur et son manager ;
• La reconnaissance : difficile à obtenir à distance ;
• Le lien social

Philippe Bertin a donné des exemples de choses mises en place chez Prayon. Citons, entre autres, un intranet reprenant les bonnes pratiques pour s’assurer une déconnexion, la création d’une charte sur le droit à la déconnexion, des news sur le sujet, un webinaire bien-être « déconnecter pour mieux travailler » (enregistré pour ceux qui n’ont pas pu participer), etc. Au travers d’une séance de questions-réponses, il a également donné de judicieux conseils pour équilibrer au mieux les temps de connexion et de déconnexion et maintenir la cohésion d’équipe : utiliser les notifications d’absence pour des plages horaires courtes, la technique Pomodoro, l’outil Menti.com, le jeu des couleurs, formaliser en équipe le type d’outils qu’on utilise et en choisir un privilégié, gérer son agenda et se fixer des plages vertes pour bloquer des temps de pauses, etc.

Pour conclure, nos orateurs ont insisté sur l’importance du dialogue. Les législations belges et européennes étant en retard sur les bonnes pratiques, cette solution reste donc primordiale, en attendant des régulations au niveau de l’organisation mondiale du travail.

Retrouvez ci-dessous le replay et les slides de la présentation :

Cette rencontre est à présent complète. Si vous souhaitez être inscrit·e sur la liste d'attente, veuillez envoyer un e-mail à info@liegecreative.be

Hyperconnexion, télé-disponibilité, addiction numérique... Sous l'effet de la numérisation et de la généralisation du télétravail, le modèle "9-to-5" a laissé place au modèle "24-7-365". Le bon équilibre entre vie professionnelle et vie privée est ainsi parfois mis à rude épreuve, à l'image de celui des couples et des familles, ce qui peut provoquer des conséquences sur notre santé physique et psychique. Savoir déconnecter peut pourtant réellement contribuer à améliorer la qualité de vie, tout comme la performance au travail !

Comme remède, plusieurs pays ont imaginé un "droit à la déconnexion" (dont l'effectivité n'est cependant pas démontrée). Le législateur belge n'a pas voulu proclamer un tel droit, mais plusieurs solutions existent pour lutter contre ce phénomène d'hyperconnexion.

Le professeur Fabienne Kéfer, dont les recherches visent notamment l'impact que produit l'évolution des modèles d'organisation des entreprises sur les règles du droit du travail, nous présentera ces outils relevant de la responsabilité juridique tant de l'employeur que du travailleur lui-même. Philippe Bertin, CHRO de l'entreprise Prayon, nous partagera quant à lui des pistes concrètes de réflexions et d'actions mises en place au sein de son entreprise.

En attendant, (re)découvrez la contribution de Fabienne Kéfer dans notre lettre thématique dédiée à la Connexion !

Notre format en ligne privilégie un nombre limité de participants pour favoriser les interactions et le partage des expériences, dans l’esprit convivial qui caractérise les rencontres-conférences LIEGE CREATIVE.
Le lien pour accéder à la conférence vous sera communiqué quelques jours avant l'événement.